Avec 200 signataires, Célia de Lavergne, députée de la Drôme, a cosigné une tribune dans le JDD accusant l’opérateur Orange de « laisser des citoyens sans aucun moyen de télécommunication ». Au micro de Boulevard Voltaire, la parlementaire de rappelle que la fibre et le mobile « ne passeront pas partout avant au moins dix ans » et invite l’État à « prendre en compte la réalité des territoires ».

Vous avez cosigné, avec 215 et élus locaux, une tribune parue dans le JDD qui alerte sur « les oubliés du téléphone fixe ». Quel est l’objectif de cette tribune ?

On arrive à un moment particulier du sujet de la téléphonie fixe. L’opérateur Orange est en convention avec l’État depuis trois ans pour fournir aux citoyens un service de base universel défini par la loi. Il a pour but que chaque citoyen puisse avoir accès à une ligne fixe à son domicile qui soit réparée dans des délais raisonnables en cas de coupure. Malheureusement, ce n’est pas le cas, notamment sur ma circonscription très rurale qui est de moyenne montagne. Nous avons des délais de réparation de plusieurs semaines, alors que l’opérateur dit le faire sous 48 heures.
Depuis trois ans, nous avons travaillé avec les et avec le gendarme des télécommunications. Il avait mis en demeure Orange pour non-respect de ses obligations. Il l’a menacé d’une sanction de un milliard d’euros s’il ne revenait pas à de meilleures performances de service pour les citoyens. Suite à cette mise en demeure, Orange a, pendant quelques mois, recruté des techniciens, mais cela n’a pas duré. Aujourd’hui, nous sommes au terme de la convention et nous savons que l’État doit signer soit une prolongation soit un renouvellement. Nous voulons à tout prix que les territoires ruraux soient mieux traités et ne soient pas oubliés, parfois délibérément, comme c’est le cas aujourd’hui par l’opérateur Orange.

Quelle excuse l’opérateur vous a-t-il donnée ? L’épidémie de Covid pourrait-elle avoir un lien avec ce dysfonctionnement ?

À mon avis, il y a deux raisons de dysfonctionnement. Le premier, c’est que les indicateurs de la convention sont nationaux. Au fond, un certain nombre de territoires ruraux sont un peu noyés dans la masse des chiffres. Nous demandons à ce que les indicateurs soient au moins départementaux et qu’il y ait un distinguo entre le rural et l’urbain. Cela permettrait de connaître la réalité du service sur nos territoires ruraux.
Le deuxième dysfonctionnement, c’est que nous avions eu un épisode de neige assez important, fin 2019, depuis lequel l’opérateur n’investit plus sous prétexte du nombre de réparations à effectuer. Enedis les a faites en quelques jours, alors qu’eux ont mis des mois à rattraper ce qu’ils ont considéré comme des coupures de lignes. Pendant ce temps-là, ils ont complètement désinvesti nos campagnes de l’arrière-pays, épisode de neige ou pas, en arrêtant de réparer et d’investir dans ces régions.

On serait tenté de vous dire qu’aujourd’hui, tout le monde a un téléphone portable et que le réseau passe à peu près partout. Serait-il temps, pour la société, d’abandonner le téléphone fixe ?

Je vous avoue que si on m’avait dit que je devais défendre le téléphone fixe il y a quelques années, j’en aurais été désolée. Nous n’y sommes pas particulièrement attachés, mais nous n’avons pas le choix. Dans nos territoires, notamment de moyennes montagnes, il n’y a pas encore la 4G et pas encore la téléphonie mobile partout, même si des efforts sont faits avec l’installation de nouveaux pylônes. Il faudra très longtemps avant que chacun puisse avoir le téléphone portable chez lui. Nous allons, certes, fibrer nos territoires et toutes les collectivités comme l’État s’est mobilisé pour le faire, mais il faut encore sept à dix ans. Je ne tolérerai pas que, pendant toutes ces années, on laisse des citoyens sans aucun moyen de télécommunication. Ces derniers n’ont pas de portable et n’ont pas d’alternative à la ligne fixe. Elle leur fournit un moyen de télécommunication en cas de secours et un minimum de débit Internet pour des services dont nous avons besoin de nos jours, par exemple la déclaration d’impôt, un compte mail, suivre les remboursements de l’assurance maladie. Toutes ces démarches sont essentielles à la vie des citoyens, elles ne sont pas permises et ne le seront pas encore pendant au moins dix ans, le temps que la fibre et le mobile passent un peu partout.

Si Orange ne respecte pas ses engagements, une action en Justice est-elle prévue ?

La priorité est la prolongation de la convention. Aujourd’hui, il y a un vide juridique sur le service universel. Soit cette convention sera prolongée quelque temps, soit elle sera renouvelée.
Quel que soit le scénario que l’État prépare, il faut que ce scénario soit davantage tourné sur la ruralité et qu’il y ait un suivi de l’opérateur pour lui mettre la pression sur les investissements réalisés. Aujourd’hui, le gendarme des télécommunications n’a que les indicateurs nationaux pour voir si Orange fournit le service sur chaque territoire. Pour le mesurer, il s’en réfère également aux remontées des élus, des maires et, donc, aux courriers de réclamations que font les uns et les autres. Une action en Justice sera possible quand un cadre légal sera bien posé. Aujourd’hui, nous attendons le prochain cadre et nous nous battons pour que celui-ci ne nous oublie pas, contrairement au précédent.

14 décembre 2020

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