Depuis l’atroce attentat dont a été victime Samuel Paty, il y a une petite musique que l’on entend, ici et là, provenant de quelques esprits timorés pour qui les caricatures seraient trop incommodantes pour certains et qu’il serait opportun de l’astreindre à quelques limites pour « ne pas heurter la sensibilité des croyants ». N’est-ce pas, précisément, le but de la caricature de se moquer au risque de heurter les sectateurs, les militants, les bégueules et les bigots de toute obédience ?

La satire est un art très français. Des grotesques, médiévales d’ornement, aux dessins de journaux contemporains en passant par les sculptures de Daumier, l’esprit taquin et transgressif du Français a toujours su s’extérioriser d’une façon ou d’une autre, même sous les régimes les plus autoritaires. Il est vrai que la performance de contourner la a souvent produit des œuvres d’ remarquables, mais le droit au mauvais goût et celui de déplaire doivent être inaliénables. La d’expression est consubstantielle à notre occidentale. Elle est un bien précieux qui ne saurait supporter la moindre remise en question. Cette liberté est l’oxygène de l’intelligence. L’une ne peut se développer sans l’autre. Le vain et le médiocre disparaîtront d’eux-mêmes et le blasphème n’est que le désir contrarié de son auteur d’être remarqué par son créateur, comme l’enfant diablotin commettant une grosse bêtise pour attirer l’attention de ses parents.

C’est pourquoi il ne faut pas craindre les caricatures. En matière d’art, il ne saurait exister un arbitre des élégances universel et la législation française, qui Dieu merci ne connaît pas le blasphème, est bien assez outillée pour parer à la diffamation. Si l’on écorne le droit au pamphlet, à la satire et à la caricature, c’est l’esprit français auquel on touche, et ceux qui veulent empêcher de blasphémer leur dieu auront gagné. Sous prétexte d’apaisement, les censeurs feront le jeu de ceux qu’ils prétendent combattre.

« Toute censure est un aveu, on ne bâillonne que la bouche qui dit vrai » disait Gripari. Une civilisation forte et fière d’elle ne doit pas craindre les égratignures, sous peine de cacher des faiblesses inavouables parce qu’infâmantes. Blasphémer est encore la preuve de l’existence d’un soupçon de sacré et Dieu est assez puissant pour se défendre. La liberté n’existerait pas sans le droit de blasphémer, mais l’inverse n’est pas certain. Preuve que la liberté est un bien supérieur et trop précieux qui ne saurait être remis en cause pour quelques traits de crayons que chacun est libre de juger à l’aune de son goût et de ses croyances.

28 octobre 2020

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