Dans un contexte de crise sanitaire qui perdure, la crise économique s’aggrave et la perspective d’un reconfinement inquiète le patronat et les indépendants.

Au micro de Boulevard Voltaire, l’économiste Philippe Herlin analyse la gestion de la crise et ses conséquences sur l’économie. Il redoute, en particulier, « une récession » et « des faillites ».

 

Le président du MEDEF a déclaré qu’un reconfinement achèverait de détruire l’économie française. Les prévisions du patron du MEDEF sont-elles réalistes ?

Malheureusement, elles le sont. Un sondage à l‘échelle de l’Europe a été réalisé par un cabinet d’étude. Il expliquait que si la situation ne s’améliorait pas, 55 % des PME européennes feraient faillite d’ici 1 an et si la situation se dégrade encore, ce serait 77 %. Ce chiffre est terrifiant. La crise serait pire que celle de 1929. Si cette crise dure 6 mois et qu’il y a ensuite un redémarrage, il n’y aurait que  10 %  des PME européennes qui feraient faillite. C’est un chiffre encore important, mais qui peut laisser espérer un redémarrage de l’activité. Cela montre que si la période actuelle de stop-and-go et d’injonctions contradictoires continue pendant 1 an, il y aura vraiment un effondrement et une dévastation de l’économie. Il est donc urgent de sortir de cette période actuelle pour aller vers une franche reprise sinon les conséquences seront vraiment catastrophiques.

Pourquoi reprendre le risque de détruire l’économie de ce pays et d’accélérer la précarité, dans la mesure où d’après les chiffres, seulement 8 % des cas Covid ont moins de 65 ans et encore, présenteraient en grande partie des comorbidités ?

Le pouvoir est soumis à certains intérêts médicaux. Certains médecins sont souvent liés à l’industrie pharmaceutique qui cherche à nous vendre un certain nombre de médicaments.
J’écoute plutôt le professeur Perronne ou le professeur Raoult. Selon eux, ce qui est important c’est de détecter très vite et de donner de l’hydroxychloroquine à ceux qui ont les premiers symptômes. C’est la meilleure façon de s’en sortir. Le vaccin ne sera pas utile parce que nous ne sommes pas du tout dans le cas d’un vaccin classique efficace à 99 %, comme la variole. Dans ces cas-là, il faut être favorable au vaccin. Le Covid présente un taux de mortalité extrêmement faible. Le vaccin aurait, comme celui de la grippe, une efficacité toute relative. Ce n’est donc pas la solution magique qui permettrait à l’économie de repartir comme on nous l’explique.

Tous les pays occidentaux vont accuser une très nette baisse du PIB. On espérait tous un rebond pour compenser cette perte de PIB. Cette crise sera-t-elle résorbable dans les mois et les années à venir ?

Non. Il faut se rappeler que les prévisions de croissance pour la France en 2021 étaient de 8 %. Dès le départ, je disais que ce chiffre était complètement délirant. Même pendant les Trente Glorieuses où on faisait en moyenne, 5 % de croissance par an, on avait atteint une seule fois les 8 %. Penser que la France qui se traîne à 1 % de croissance depuis plus de 10 ans puisse sortir d’un coup 8 %, c’est du rêve.
Je rappelle qu’on a déjà annulé le salon de l’Agriculture qui devait se tenir en février et mars 2021. De lourdes incertitudes se présentent pour l’année 2021. Par conséquent, on aura une croissance faible ou peut-être même une récession. Il faudra des années pour retrouver le niveau d’activité de 2019. Plus on attend, plus il y aura de faillites, plus ce sera difficile.

Pourquoi le gouvernement continue dans ce sens-là ?
Il y a quelques mois, Emmanuel Macron avait dit à Philippe de Villiers qu’Édouard Philippe gérait son risque pénal. Est-on face à une classe politique qui préfère sacrifier l’économie du pays à leur avenir politique, même si le propos peut paraître démagogique ?

Cette dimension joue, mais j’aurais tendance à voir quelque chose de plus grave. Emmanuel Macron avait fait une déclaration hallucinante en disant que nous étions une société d’individus libres en parlant au passé et que maintenant, il fallait être une nation de citoyens solidaires. Pour moi, c’est une dérive étatiste et presque même autoritaire extrêmement grave. Il y a malheureusement un penchant naturel de toute la classe politique française et même européenne. J’ai l’impression que pour les étatistes qui sont plus ou moins au pouvoir en Europe, le Covid est un peu une occasion bénie de renforcer le rôle de l’État dans toutes les dimensions de la vie des gens. Moi, qui suis libéral en économie, je trouve cela extrêmement inquiétant. En face, aucune force politique ne s’y oppose. C’est assez effrayant.

C’est assez paradoxal puisqu’on est une classe politique extrêmement étatiste qui n’est pas du tout souverainiste. On renforce la position de l’État, mais on affaiblit les positions régaliennes de cet État…

D’après ce que l’on nous dit, on va vers un reconfinement et en même temps, les frontières françaises ne sont pas du tout surveillées et ne l’ont jamais été y compris pendant le premier . C’est complètement aberrant en termes purement sanitaires.

27 octobre 2020