Nombre de commentateurs s’interrogent sur ce fameux « monde d’après » aux contours des plus flous. Mais quid du monde de demain et quelles cartes Emmanuel Macron a-t-il encore en main ?

A priori, rien ne devrait se faire de sérieux avant le second tour des , prévu le 28 juin prochain. Après, plusieurs pistes sont envisageables. La dissolution de l’Assemblée, que Marine Le Pen appelle de ses vœux sans sembler trop y croire ? Depuis celle de 1997, par Jacques Chirac, l’hypothèse paraît être à hauts risques, même en y instillant une dose de proportionnelle. Un changement de Premier ministre ? Il faudra attendre de savoir si Édouard Philippe, avant d’abandonner Matignon, récupère ou non sa mairie du Havre. Bruno Le Maire et même le moins plausible Manuel Valls, deux « Macron-compatibles », pourraient être sur les rangs pour le remplacer.

Reste encore celle d’un gouvernement d’union nationale, mais qui n’aurait de sens que si mélenchonistes et lepénistes en étaient partie prenante. Il est probable qu’on ne leur proposera pas d’en être ; il l’est tout autant qu’ils refusent l’invitation, à moins de vouloir signer leur arrêt de politique. Et il est surtout nettement plus probable qu’Emmanuel Macron ouvre la porte à ses alliés plus ou moins historiques, François Bayrou et son MoDem, et son EELV, tout en essayant de couper l’herbe sous le pied à LR qui verrait bien en Édouard Philippe une sorte d’Alain Juppé de substitution.

Pour résumer, il s’agirait ainsi de resserrer les rangs de l’union des libéraux et des libertaires, des bourgeoisies de et de gauche ; soit « cercle de la raison » et « bonne gouvernance », même si ses représentants n’ont guère brillé depuis le début de la pandémie, que ce soit en termes de gouvernance ou de raison. Tel qu’on dit, tout changerait pour que surtout rien ne change.

Si le et LFI se retrouvent donc confinés en position attentiste – ils n’ont pas la main sur le calendrier présidentiel –, d’autres se sentent pousser des ailes. Xavier Bertrand à droite et Arnaud Montebourg à gauche. Ces deux hommes ne manquent pas d’atouts, ayant l’un et l’autre pressenti les ravages de la mondialisation économique et des drames sociaux y afférents. Il n’empêche qu’ils sont isolés en leurs respectives familles politiques d’origine, peut-être parce que donnés pour être trop « populistes », ce qui n’est pas exactement un compliment par les temps qui courent.

Le premier attend son heure, spéculant sûrement sur l’éclatement de ce qui demeure des Républicains. Le second la précipite en faisant feu de tous bois, à la fois contre l’Élysée et Matignon, allant jusqu’à les traiter de « nuls », comme le rapporte Le Monde ; ce qui n’est pas tout à fait le meilleur moyen d’intégrer une large et future coalition. En un mot comme en cent, et son affiché se verrait bien relever le flambeau chancelant de cette démondialisation, promue un jour oui et l’autre non, par Jean-Luc Mélenchon.

Du côté LFI, les militants demeurent sceptiques, telle qu’en témoigne cette tribune signée de quatre d’entre eux et publiée par Marianne, le 14 mai dernier, démontant la stratégie de l’homme à la marinière : « L’argument ultime, finalement, c’est celui de l’union de la gauche. Par exemple : “Montebourg n’est pas Mélenchon, ce qui pourrait augurer des soutiens inaccessibles à l’insoumis, le PCF, le PS, voire même EELV.” […] Il faut avouer que devant tant de candeur, il est difficile de dissimuler un sourire amusé. De quelle gauche parlons-nous ? » Pas de la gauche populiste, il va de soi, même si en déshérence depuis que ses éléments « patriotes » ont déserté LFI ; qui pour rallier le RN, tel Andréa Kotarac, ou fonder un autre groupuscule patriote, à l’instar de Djordje Kuzmanovic et sa République souveraine.

Montebourg désespérément seul et sans parti et Mélenchon de plus en plus isolé au sein d’un parti ? Bref, entre Macron et Le Pen, il n’y a aujourd’hui plus rien, même si ce fameux monde de demain pourrait aussi se révéler très incertain.

22 mai 2020

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