C’est une lapalissade de le dire : dans toute élection, tout du moins sous nos latitudes, il y a plus de perdants que de gagnants. Mais il est de bon ton d’ajouter que, le peuple ayant parlé, la démocratie, de toute façon, est la grande victorieuse. À condition que le peuple, évidemment, vote comme il faut. Pourrons-nous en dire autant lorsque s’achèvera cette malheureuse séquence des élections municipales ? Rien n’est moins sûr. Le pouvoir a tranché : ce sera donc le 28 juin. Sauf si le Conseil scientifique donne, entre-temps, un avis négatif… À la revoyure !

Alors, c’est Jean qui rit et Jean qui pleure. Les sortants en ballottage favorable qui, comme par hasard, militaient en faveur d’un second tour en juin doivent être contents. D’autant que nombre d’entre eux en ont largement profité pour occuper le terrain durant cette guerre du coronavirus. Les outsiders pointent, à juste titre, une campagne électorale qui risque d’être faussée : pas de réunions publiques, par exemple. Et quid de la distribution de tracts en un temps où les gestes barrières font plus recette que la geste française ? On évoque la possibilité de développer une campagne numérique. Une fois encore, comme pour les impôts et, de façon générale, pour l’accès aux services publics, on mettrait de côté ces Français qui ne se sont pas fait greffer Internet sous la peau, par choix mais aussi parce qu’ils sont d’une autre génération. Et c’est leur droit.

Il est donc à craindre que la participation, le 28 juin, ne soit pas folichonne. En septembre, cela n’aurait probablement pas été mieux. Report en janvier 2021 ? Et si le Covid-19 ou un de ses cousins repassait par là, on ferait quoi ? On reporterait encore et encore ? Sous Pétain, les maires étaient nommés par le pouvoir. Au fond, on gagnerait du temps et de l’argent !

À l’évidence, il n’y avait donc pas de solution idéale. Et il est à craindre qu’un fois encore, ce ne soit pas la démocratie mais l’abstention qui sortira victorieuse du scrutin. Quelques vieilles barbes républicaines (au sens noble et romain du terme) se lamenteront. Et puis alors ? On passera ensuite à autre chose. Des conseils municipaux auront été élus dans le strict respect des formes légales. Ils géreront pendant six années nos communes, l’argent public, c’est-à-dire celui du citoyen, sans qu’il n’y ait rien à redire, l’opposition municipale, par construction, étant un simple croupion. Les citoyens – pardon : les habitants de la commune – qui seront restés chez eux le jour du vote se plaindront bien que les crottes de chien ne sont pas assez souvent ramassées, que le panier de Noël est bien maigrelet ou, encore, que le plan local d’urbanisme défigure toujours plus ce qui n’est plus un village mais ne sera jamais une ville.

C’est triste à dire, mais au fond, c’est à se demander si le confinement, sorte de cocooning obligatoire et frustre, parfois brutal, n’aura pas concouru à accentuer encore plus ce désintérêt des Français pour la chose publique. « Prenez soin de vous », a-t-on répété inlassablement. Message reçu cinq sur cinq ! « Le jour du vote, je reste à la maison », risque-t-on d’entendre.

Se pose aussi, plus profondément, la question de la fragilité de notre démocratie puisqu’un virus est capable de la faire reculer. L’état d’urgence sanitaire, aussi sévère que l’état de siège, semble passer comme une lettre à la poste dans cette espèce d’infantilisation des citoyens. Et si, en 2022, le virus, en furet du bois joli, repointait son museau, on ferait comment ? Car la Constitution ne prévoit pas ce genre de situation…

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