Editoriaux - Politique - Social - 19 octobre 2019

Bon, la convergence des luttes, c’est pour quand ?

Convergence des luttes : l’expression fleure bon son AG partagée entre SUD et CGT pour savoir si La Poste, les cheminots et tous les fonctionnaires allaient « entrer dans l’action », « rejoindre le mouvement », « tous ensemble, tous ensemble », etc. Années 80, 90, plan Juppé de 1995. Certains y pensent encore, avec cette grève contre la réforme des retraites annoncée pour le 5 décembre. Et l’héritier de M. Juppé, Édouard Philippe, l’a bien compris en indiquant que tout, en dehors de ce fameux « point », était négociable. Je ne suis pas sûr qu’autant de flou sur les modalités de passage d’un système à l’autre, ajouté du flou inhérent à la valeur du point, soit de nature à rassurer les inquiets comme moi, mais cela révèle simplement qu’à Matignon, on a la trouille, pour parler comme Nadine Morano.

Mais, en 2019, il y a bien d’autres luttes, bien d’autres exaspérations qui s’enkystent et parfois s’expriment, inédites, inattendues, en dehors des radars SUD-CGT : gilets jaunes bien sûr, policiers évidemment, avec leur manifestation historique d’il y a quinze jours, pompiers, urgentistes. Et puis il y a cette colère générale contre un État qui n’arrive même pas à détecter les radicalisés en son sein, ni à s’attaquer vraiment à l’islamisme mais qui n’hésite pas à donner des ordres de répression brutale contre certaines manifestations (pompiers, gilets jaunes).

Un observateur qui arriverait de Sirius serait étonné par l’absence de convergence de toutes ces luttes. Aucun collectif n’en a eu l’idée ? Constater que des bourgeois conservateurs passent des mois et des nuits à organiser des manifestations millimétrées de bons élèves contre l’ouverture à la PMA pour toutes, et en fait pour quelques lesbiennes en mal d’enfants, dans la situation actuelle, trois jours après l’attentat de la préfecture de police, avait quelque chose de surréaliste.

Évidemment, on ne veut ni de Ludovine de La Rochère ni d’Éric Drouet comme tête d’affiche de ce mouvement, car beaucoup de Français ne se reconnaissent ni dans l’une ni dans l’autre. Mais une Zineb, une Nadine Morano, une Zohra Bitan, avec des femmes de policiers, des gilets jaunes blessés, des pompiers en colère, ce serait autrement intéressant et mobilisateur.

Avec des revendications très précises dont le maître mot est le rétablissement de l’ordre public et de la confiance. Et un grand cri : ça suffit !

Primo, évidemment, et plus que pour le symbole : la démission de Christophe Castaner.
Deuzio, une reconnaissance des professions en souffrance, avec les recrutements, et les revalorisations indispensables.
Tertio, le rétablissement de l’ordre et la fin de la complaisance pour l’islam politique dans la sphère publique.

Alors, oui, quand ce grand mouvement populaire descendra dans la rue, je suis certain que Christophe Castaner changera de discours, et ses ordres de répression. Certain qu’Emmanuel Macron, lui aussi, changera, et d’abord son ministre de l’Intérieur. Certain que ces professions qui n’en peuvent plus du sort qui leur est fait obtiendront enfin la reconnaissance qui leur est due.

Ce n’est pas parce que ni SUD ni la CGT ni la Manif pour tous ni des oppositions atomisées n’en ont pas eu l’idée qu’on ne peut pas y songer.

Il n’y a plus qu’à. Vous savez quoi, je la vois déjà, cette méga-manif, avec des uniformes, des blouses blanches, des gilets jaunes évidemment, des femmes, beaucoup de femmes, sans voile, de tous âges, de toutes classes sociales. Et des hommes, aussi ! Des fils, des frères, des pères, des grands-pères. Mais, surtout, tout un peuple derrière. Pour dire : ça suffit !

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