Editoriaux - Santé - Société - 4 mai 2019

Boire un petit coup : oui, mais un petit seulement !

Dans un récent communiqué, l’Académie de médecine alarme l’opinion sur la consommation d’alcool en France, qui serait responsable de plus de 40.000 décès par an.

L’alcool fait partie des drogues autorisées en France au même titre que le tabac, en attendant que le cannabis, pour lequel on prépare l’opinion publique, devienne licite. Ces trois drogues peuvent devenir de véritables fléaux lorsque leur consommation est excessive ou inappropriée.

En ce qui concerne l’alcool, l’Académie de médecine rappelle que sa consommation, en France, reste relativement stable depuis 2013 alors que, jusqu’à cette date, elle baissait régulièrement.

Cependant, des chiffres publiés par l’Observatoire régional de la santé des Pays de Loire, fin 2018, montrent que l’usage régulier d’alcool chez les jeunes de 17 ans est plutôt en régression depuis une dizaine d’années, et touche environ 8 % de cette population. Il en est de même pour les alcoolisations occasionnelles importantes, qui sont en légère baisse depuis 2011.

Le problème de l’alcool, en France, n’est donc pas uniquement un problème lié à la jeunesse ; il touche toutes les couches de la population et tous les âges.

Une intoxication aiguë d’alcool peut tuer comme une overdose de drogue dure, et lors des intoxications chroniques, il est responsable de très nombreuses pathologies.

Mais les normes du seuil acceptable sont très difficiles à définir car nous ne sommes pas égaux devant l’alcool ; il existe des différences importantes d’absorption et d’élimination du toxique en fonction du sexe, du poids, de la masse graisseuse, des capacités hépatiques de chacun, et pour un même individu, ces capacités d’absorption et d’élimination peuvent varier d’une période à l’autre !

L’alcool n’est pas uniquement dangereux pour la santé physique de l’individu qui en absorbe ; il modifie le comportement (tout comme le cannabis, d’autres drogues et certains médicaments) et est impliqué dans 40 % des actes de violences conjugales ou de voisinage, et dans plus d’un tiers des accidents de la route, raisons pour lesquelles l’Académie de médecine réclame des mesures fortes de la part des autorités. La loi Évin, censée interdire ou limiter la publicité sur les alcools, est aisément contournée, particulièrement sur Internet. L’Académie demande donc un retour aux principes initiaux de cette loi et une taxation différente basée sur le degré alcoolique des boissons.

Ce véritable problème de santé publique a un coût social qui, d’après « Alcool info service », serait évalué en France à environ 120 milliards d’euros par an.

Si l’on veut que l’usage des boissons alcooliques puisse rester un plaisir, il faut, comme le propose l’Académie nationale de médecine, renforcer les mesures de prévention et d’éducation, particulièrement chez les plus jeunes, et ne pas hésiter à lutter contre l’usage de l’alcool (et d’autres drogues ou médicaments) au volant.

Hélas, il est plus simple et beaucoup plus rentable d’installer de nouveaux radars au bord des routes que de faire des contrôles de drogues et d’alcoolémie, qui nécessitent un certain effectif de police pour une rentabilité financière immédiate très aléatoire.

Question de choix !

À lire aussi

XX ou XY, c’est pas pareil !

Alors que certains s'interrogent sur les bienfaits de la PMA étendue aux couples de femmes…