Cinéma - Editoriaux - People - 4 mai 2019

Audrey Hepburn aurait 90 ans

S'extraire du torrent de boue du moment pour plonger dans « Moon River »

Ce 4 mai, elle aurait quatre-vingt-dix ans. Mais en ce moment, elle a l’âge de cette jeune femme qui descend du taxi jaune dans cette rue new-yorkaise. Elle reste là, quelques secondes, sans bouger, sur le trottoir, regardant l’immeuble. On la voit de dos, dans sa robe fourreau noire, gantée de noir, et portant un sac à main, noir aussi, un châle blanc, négligemment posé sur le sac, et un banal sachet que l’on devine être en papier. Elle porte un collier de quatre rangées de grosses perles – fausses, sans doute – et, curieusement, de grandes lunettes noires, car nous sommes au petit matin. Une paumée du petit matin, comme chantait Brel ? Sa haute coiffure est impeccable : un chignon comme les élégantes le portaient en ces années-là, ces années 50 et début des années 60. Une princesse qui aurait perdu la clef de son palais en rentrant de boîte de nuit ?

Elle lève la tête en direction de l’immeuble et nous découvrons que nous sommes devant le célèbre joaillier Tiffany. Elle s’avance à petits pas, car on ne marche pas comme un camionneur lorsqu’on porte une robe fourreau et des escarpins, vers la vitrine. Et elle sort du banal sac en papier un croissant qu’elle met dans la bouche, du bout des dents, juste le temps d’extraire de ce même sac le gobelet de café. Elle reprend le croissant dans sa main gantée et commence à le manger tout en regardant la vitrine. Nous la découvrons alors de face, comme si nous étions dans la boutique. Elle reprend sa marche dans la rue, se retournant un instant vers cette vitrine. Au loin, on devine que le soleil se lève. C’est la première scène du film Breakfast at Tiffany’s, en français Diamants sur canapé. Une scène qui ne dure même pas trois minutes entre le moment où elle descend du taxi et celui où elle s’engouffre dans une maison. Mais une scène éternelle. C’est pourquoi elle ne peut avoir quatre-vingt-dix ans aujourd’hui.

Elle, évidemment, c’est Audrey Hupburn, cet « ange aux yeux de biche », comme la qualifiait le couturier Jean de Givenchy. Cette Britannique, née le 4 mai 1929 en Belgique et morte le 20 janvier 1993 en Suisse, reçut, à 23 ans seulement, l’Oscar de la meilleure actrice pour son rôle dans Vacances romaines, film dans lequel elle incarnait magnifiquement une jeune princesse. Il est vrai qu’Audrey Hupburn était une princesse. Dans sa longue robe fourreau noire, cette princesse du petit matin new-yorkais nous accompagne pour toujours aux accents de « Moon River ».

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