Audio - Editoriaux - Entretiens - International - Religion - 17 janvier 2020

Benjamin Blanchard : « Oui, bien sûr, il y a une augmentation de ces persécutions… »

260 millions de chrétiens persécutés dans le monde

Le 15 janvier dernier, l’ONG protestante Portes ouvertes a publié son dernier rapport. Elle compte 260 millions de chrétiens « fortement persécutés » dans le monde. Ils étaient 245 millions, l’année précédente, pour la plupart en Afrique.

Depuis 2012, l’association Portes ouvertes publie son Index mondial de persécution des chrétiens avec les données de cinquante pays. Depuis sept ans, l’augmentation est continue.

Explications de Benjamin Blanchard au micro de Boulevard Voltaire.

En 2019, près de 260 millions de chrétiens ont été fortement persécutés dans le monde. Cette augmentation est très forte par rapport à l’année dernière. Ce chiffre paraît-il colossal et vous étonne-t-il ?

Il y a, bien sûr, une augmentation des persécutions, notamment en Afrique dans le cas du Nigeria, et en Chine. Le pourcentage de chrétiens, en Chine, n’est pas très important. Vu la population chinoise, même un petit pourcentage fait cependant beaucoup de gens. En Chine, un grand nombre de personnes sont brimées en raison de l’absence totale de liberté religieuse. L’accord conclu avec le Saint-Siège avec la République populaire de Chine n’a pas réglé tous les problèmes. Je suis très modéré en disant cela. Il suffit de voir les entretiens qu’a donnés le cardinal Zen, de Chine, qui montre tous les problèmes que pose cet accord.
Au Nigeria, on parle de massacre. En Chine, c’est plus une absence de liberté religieuse et un État qui contrôle tout jusque dans l’intimité. Ce sont des choses très différentes.
Il faut faire attention que ces chiffres globaux ne soient pas une surenchère à la persécution.
Certaines choses ne relèvent parfois pas vraiment des persécutions antichrétiennes, mais davantage de querelles entre Églises. Je pense notamment à l’Ukraine ou à la Russie.

Le nombre de ceux tués en raison de leur foi chrétienne est passé de 4.305 à 2.983. Ce chiffre est étonnamment précis. Ces chiffres correspondent à une baisse de 31 % par rapport à l’année précédente. Est-ce une bonne nouvelle ?

Oui, c’est une bonne nouvelle, mais c’est toujours trop. Il faut, bien sûr, que ce chiffre continue à baisser. Est-ce une tendance lourde ou est-ce au gré de l’actualité ? Je crois, hélas, que c’est plus en fonction des circonstances de l’année. La situation n’est pas réglée pour autant. Je pense au cas de l’Irak où les événements récents montrent que les problèmes restent entiers.
Il y a des problèmes spécifiquement pour les chrétiens, mais aussi un problème global pour tout l’Irak.

En France, le public a été très sensible à la cause de ces chrétiens d’Irak et de Syrie. Avec le spectre de la guerre qui a tendance à s’éloigner dans la plupart de ces territoires, les chrétiens de ces pays espèrent-ils rester chez eux ?

Dire que le spectre de la guerre s’éloigne, j’aimerais le croire, mais hélas, je n’en suis pas sûr.
Quand on voit la situation en Irak avec la montée des tensions avec les États-Unis et l’Iran, les protestations contre le gouvernement, l’instabilité, les ripostes iraniennes aux attaques américaines contre le général Soleimani, on ne peut pas parler de stabilisation de l’Irak.
La situation de la Syrie a peut-être évolué positivement et militairement, mais il reste toujours cette poche d’Idleb. Les groupes terroristes et islamistes occupent le nord-ouest de la Syrie plus ou moins protégée par l’armée turque. Il reste la zone d’occupation turque sur la bande nord.
Le plus gros problème, pour la Syrie, c’est le problème économique. Les sanctions ont été renforcées par les États-Unis de l’administration Trump. Ils font peser une immense douleur sur la population. La livre syrienne a encore été baissée. Elle est pratiquement à 1.300 livres pour un dollar, alors qu’elle était, il y a quelques mois, à 500 ou 600. C’est donc une catastrophe.
Il devient de plus en plus difficile, pour la population, de survivre dans ces conditions. On peut difficilement parler de stabilisation.

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