Editoriaux - Santé - Sciences - Société - 17 janvier 2020

Transplantation d’organe : on manque de greffons

L’association France Transplant, par la voix de son président le député Jean-Louis Touraine, relayé par France Info, a alerté l’opinion il y a quelques jours, à la suite de la publication d’une étude qui révèle un manque de greffons pour les patients qui attendent cette opération. Il y aurait 24.000 patients en attente et seulement 6.000 à être greffés chaque année.

La greffe d’organe est une option que l’on envisage quand aucune autre possibilité thérapeutique ne s’offre pour sauver le malade. Les principaux organes greffés sont les reins, le cœur, les poumons et le foie, mais on peut aussi greffer des valvules cardiaques, des cornées ou de la moelle osseuse, pour ne citer que les principaux tissus susceptibles d’être greffés.

Les greffes ne sont pas de simples interventions mécaniques où l’habileté du chirurgien suffirait à en assurer le succès. Il faut accompagner ces opérations d’un traitement antirejet afin d’éviter que les organes greffés (qui ont leur propre patrimoine génétique différent de celui du receveur) ne soient rejetés. Comme pour les transfusions sanguines, greffes transitoires, on cherchera bien sûr à harmoniser le plus possible le patrimoine génétique du greffon avec celui du receveur, ce qui nécessite de pouvoir choisir entre différents greffons possibles pour un même receveur. Cela est très difficile dans la situation actuelle de pénurie.

Cette pénurie a plusieurs causes, dont la diminution des accidents de la route, mais aussi et surtout, semble-t-il, l’opposition fréquente des proches d’un défunt qui ont peur de voir son corps mutilé, ou qui s’y opposent pour des raisons religieuses ou philosophiques. Il faut ajouter, également, le manque de moyens des équipes hospitalières qui rend parfois les prélèvements impossibles.

Normalement, toute personne peut devenir donneur d’organe, à moins qu’elle n’ait exprimé le refus de son vivant. Encore faut-il que ce soit inscrit dans un registre de refus ou que la personne l’ait exprimé dans un document écrit. Si ce n’est pas le cas, on peut procéder au prélèvement, mais il peut arriver que la famille s’y oppose, ce qui fait dire au professeur Touraine que c’est une erreur de demander l’avis de la famille ! Il paraît pourtant, moralement, difficile de se passer de son autorisation ou, tout au moins, de son tacite consentement.

Ce sujet nécessite des efforts de pédagogie et d’information du public, car il est complexe et ne se résume pas à un simple échange standard d’organe comme on pourrait parfois le croire ; cependant, ces prélèvements sont une nécessité pour permettre à certaines personnes de survivre et, comme le souligne le rapport de France Transplant, chacun de nous doit se poser la question : est-ce qu’un jour, si j’ai besoin d’une greffe, je serai d’accord pour en recevoir une ? Si la réponse est oui, il faut se poser la question de la réciprocité.

Mais comme l’affirment certains, dont le professeur Bernard Debré, la réponse à ces pathologies qui nécessitent aujourd’hui des greffons ne passera pas par les seules transplantations. Le développement de techniques utilisant des cellules souches devraient permettre de pouvoir un jour s’en passer, en régénérant les organes déficients, mais cela nécessiterait d’autoriser et développer les recherches sur les embryons surnuméraires (issus des PMA et qui ne font plus l’objet « de projet parental ») qui sont dans les congélateurs des labos.

Affaire à suivre…

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