Et si la Bavière avait raison ?

La Bavière, officiellement appelée État libre de Bavière, est l’un des seize Länder allemands. Elle est située dans le sud-est du pays. Réputée pour sa gastronomie de terroir, ses culottes de cuir et ses châteaux édifiés par Louis II, l’ancien royaume fait aujourd’hui parler de lui d’une tout autre manière. En effet, le Landtag (Parlement) bavarois, dominé par l’Union chrétienne-sociale, parti de centre droit spécifique à ce Land, vient d’adopter une loi très controversée qui accorde des pouvoirs supplémentaires à la police.

Accusée par les partis de gauche et les Verts de courir après les voix de l’extrême droite en prévision des élections législatives qui se dérouleront en octobre prochain, la CSU et ses alliés de la CDU (l’Union chrétienne-démocrate) se défendent de telles manœuvres et arguent, notamment, de l’absolue nécessité de faire barrage au terrorisme qui, depuis plusieurs années, n’épargne pas la patrie de Goethe.

30.000 personnes ont donc manifesté jeudi dernier dans les rues de Munich pour protester contre ce projet législatif. Les manifestants s’opposent ainsi à la loi PAG, qui a été votée l’été dernier – mais qui n’est pas encore effective -, et qui permettrait aux juges plus d’efficacité dans les détentions de suspects en étendant notamment la détention préventive de quatorze jours à trois mois. Par ailleurs, en matière de terrorisme, cette nouvelle disposition autoriserait la police, à titre préventif, à surveiller les téléphones et les ordinateurs des suspects. À travers ces dispositions, c’est la notion de “danger imminent” introduite par le nouveau texte qui semble rebuter les opposants. Ceux-ci considèrent, en effet, que tous les policiers bavarois se verraient alors doter de pouvoirs normalement dévolus aux services de renseignement. Pour s’opposer à ce projet, les partis politiques concernés et les associations d’avocats allemands ont décidé de saisir la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, juge de paix de la République fédérale d’Allemagne.

Malgré les nombreux attentats islamistes qu’a connus l’Allemagne ces dernières années, et qui ont fait plusieurs morts et des dizaines de blessés, le consensus en matière de lutte antiterroriste n’existe toujours pas. À l’instar de ce que connaissent d’autres pays européens, dont la France, il apparaît que l’ampleur et la gravité du phénomène n’ont toujours pas été intégrées par une partie importante des forces politiques en place. S’il est vrai que l’histoire de l’Allemagne et son organisation ne plaident pas toujours en faveur de l’efficacité – chaque Land dispose de ses propres forces de police et la liaison au niveau fédéral n’est pas toujours simple -, il se trouve encore des opposants à une prise en compte sérieuse d’une réalité qui, dans le contexte actuel, ne pourra que favoriser d’autres attentats.

Et pourtant, si la Bavière avait raison ? Leur État durement touché par le terrorisme – rappelons les attentats de la gare de Grafing, le 10 mai 2016 (un mort et trois blessés), d’Ansbach, le 24 juillet 2016 (quinze blessés, dont plusieurs graves) ou de Munich, le 21 octobre 2017 (huit blessés) -, les parlementaires bavarois, face à une politique migratoire de plus en plus contestée et aux risques indéniables qu’elle fait courir aux Allemands, ont sans doute voulu donner, par cette loi, un signal fort au reste du pays. Il est à souhaiter qu’ils seront entendus. Pour l’heure, il serait grand temps qu’une politique européenne globale en matière de lutte antiterroriste soit mise en œuvre. Hélas, entre le manque de volonté politique des uns et l’angélisme des autres, il y a fort à parier que rien de concret n’émergera avant longtemps.

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