Editoriaux - International - Société - Table - 18 mai 2018

Anciens : les piquer ou en prendre soin ?

Mercredi, les Français se sont réveillés avec la gueule de bois : selon le rapport rendu public par le CCNE (Comité consultatif national d’éthique), les plus âgés d’entre nous sont mal considérés, mal entourés, mal soignés, abandonnés, en dépression chronique !

C’est un véritable cri d’alerte qui est lancé : selon le même rapport, “40 % des résidents des EHPAD présentent un symptôme dépressif”, “11 % d’entre eux ont des idées suicidaires” (près d’un tiers des personnes qui se suicident sont âgées) et bon nombre d’entre eux ressentent cruellement leur “exclusion de fait de la société”.

Il y a peu, le même CCNE, via les États généraux de la bioéthique, interrogeait les Français sur la question de la légalisation du « suicide médicalement assisté », ou euthanasie.

Ce calendrier ne doit rien au hasard, il est révélateur du trouble d’une société comme la nôtre, malade de son système, qui balance entre améliorations du sort des personnes âgées et question ouverte du recours à l’euthanasie. On retrouve le tempo du “en même temps” cher à Emmanuel Macron : améliorer le sort de nos anciens et, “en même temps”, leur proposer une porte de sortie définitive apte à soulager les portefeuilles des actifs.

Poids économique des la vieillesse ? C’est Jacques Attali qui en parle le mieux dans son livre L’ Avenir de la vie : “Dès qu’il dépasse 60, 65 ans, l’homme vit plus longtemps qu’il ne produit et il coûte cher à la société. La vieillesse est actuellement un marché mais il n’est pas solvable. Je suis, pour ma part, en tant que socialiste, contre l’allongement de la vie. L’euthanasie sera un des instruments de notre société future. Le coût des personnes âgées n’est plus soutenable.” Voilà qui a le mérite d’être clair !

C’est le problème du non-renouvellement de la population française qui est à l’origine de cette situation. Les vieux sont trop nombreux (5,8 millions de personnes âgées ont plus de 80 ans en 2015, contre 2,8 millions il y a 10 ans), les Français ne font plus d’enfants (1,89 enfant par femme en 2016). Cette société du « en même temps » n’a toujours pas compris ; elle continue à encourager l’avortement, la pilule, somme les femmes de réussir leur parcours professionnel au risque de l’enfant unique. Et, “en même temps”, elle découvre que ses anciens sombrent dans la solitude, faute d’enfants et de petits-enfants pour s’occuper d’eux. Les personnels des EHPAD pourront toujours se lamenter, le système est à bout !

C’est l’héritage de Mai 68 qui se révèle bien lourd à porter, les réveils sont difficiles pour ces vieux-là qui n’avaient pas prévu toutes les conséquences de leurs revendications hédonistes ! Le CCNE déplore le sentiment de perte de dignité de nos anciens… certes. Pauvre génération de Mai 68 qui s’est tant battue pour s’émanciper de cette structure familiale qui lui manque aujourd’hui.

C’est elle qui a jeté à terre l’autorité du père, alors, à qui la faute ?

La Finlande a fait son choix ; elle vient de rejeter la légalisation de l’euthanasie, et décidé d’améliorer le recours aux soins palliatifs. La France est dans une impasse : il lui faut faire des choix cruciaux de société, remettre la structure familiale à sa place ou éliminer les économiquement faibles !

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