Culture - Editoriaux - Société - Télévision - 22 décembre 2017

Avortement : Maeva Anissa et Simone Veil, même combat !

Railler les starlettes de la télé-réalité, est-ce bien chrétien, surtout à l’approche de Noël (“Non mais, allô, quoi ? T’es une fille et t’as pas de shampooing !”) ? Dans le registre de la sentence immortelle, Nabilla vaut bien Christine Angot.

On peut railler leur inculture (comme celle de Fleur Pellerin), mais au moins ces filles font-elles parfois preuve d’un peu de bon sens (plus que Najat Vallaud-Belkacem, en tout cas), tel qu’en témoigne la récente sortie de la jolie Maeva Anissa, ancienne chroniqueuse de NRJ 12 et ex-candidate de télé-réalité. Laquelle démontre qu’il est aussi possible de dire la réalité à la télé, même sur les sujets qui fâchent ; l’avortement, par exemple.

“Je veux pas casser le délire de certaines filles mais vu comme ça même à 2 mois ça craint d’avorter.” » C’est dit avec ses mots à elle, mots qui en valent bien d’autres mais qui, au moins, sont sincères, au contraire de tant de fausses provocations à un euro trente. Dans la foulée, Maeva Anissa poste le dessin d’un tout petit dans le ventre de sa maman. Bref, le truc ignoble, quasi pornographique, au regard des actuelles bonnes mœurs et des nouvelles ligues de vertu. Premier en tête des humanistes indignés, le quotidien 20 Minutes qui titre : “Son post sur Twitter a révolté les internautes.”

“Les” internautes ? Les plus braillards d’entre eux, à l’évidence. Dont Olivier Minne, autre présentateur de télévision, militant socialiste revendiqué et « hétéromosexuel » assumé. « Hétéromosexuel » ? Juste une façon un peu plus littéraire de dire qu’il est bisexuel, comme si cela pouvait encore choquer quelqu’un, même en CM1. Et les autres ? Rien, nada, walou, peau de lapin et poil de cul. La majorité silencieuse, peut-être.

Outre la franchise, il est une autre qualité qu’on ne saurait dénier à Maeva Anissa : la constance. Et la pimprenelle de riposter au lynchage des réseaux sociaux avec sa verve toute particulière ; enfin, ses mots à elle, tel que dit plus haut : “Jamais je ne serais (sic) contre l’IVG je dis juste que l’abus d’IVG autour de moi me fait mal au cœur.” Et plus direct encore : “Non je ne “m’en branle pas” que les petites qui me suivent [sur Twitter, NDLR] pensent que l’avortement soit une issue facile à chaque erreur… je préfère qu’elle se préserve ou qu’elle se protège avec des préservatifs. L’abus d’avortement provoque des problèmes par la suite. L’ABUS !”

Doit-on rappeler que Simone Veil ne prétendait finalement pas autre chose ? Maeva Anissa n’a sûrement pas lu les mémoires de Simone Veil ; cela ne l’empêche pas de penser comme Simone Veil, façon monsieur Jourdain faisant de la prose sans le savoir. Il est probable que ces deux nénettes se seraient bien entendues, tant la solidarité des pétroleuses est tout, hormis un vain mot.

Si l’on voulait pousser plus loin dans l’analyse sociologique, on dirait même que la mise au pilori de cette péronnelle est révélatrice d’au moins deux tendances lourdes de notre société.

Maeva Anissa est condamnée parce que considérant que l’avortement n’est pas un droit, seulement une solution de dernier recours en cas de détresse ultime – comme Simone Veil, une fois encore. C’est donc une réactionnaire homophobe à laquelle l’évocation du vocable même de « progrès » donne de l’urticaire. Une sorte d’Éric Zemmour en jupons ? Et donc possiblement « raciste », tant qu’à faire dans la dentelle droit-de-l’hommiste et le point de croix démocratique.

Maeva Anissa est aussi – et surtout – condamnée parce qu’issue de cette France périphérique n’en finissant plus de hanter les nuits des politiciens. Comprenez : une pauvre fille. Une « pauvre », tout court. De ces fausses blondes auxquelles on laisse miroiter quelques miettes du miroir aux alouettes, à condition qu’elles ne s’attardent toutefois pas plus que de raison au banquet des gens comme il faut.

Si les mots avaient encore un sens en une époque qui en a de moins en moins, on dirait juste que c’est une « fille bien ». Ce qu’elle est sûrement en vrai, dans cette réalité qui n’est pas télévisuelle – soit ce que l’on nommait naguère la vie de tous les jours.

Et les gens de bien aiment les « filles bien ». Et moi, je l’aime bien, Maeva Anissa.

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