Après les émeutes du mois dernier en , le sénateur belge Alain Destexhe dénonce une intégration ratée et le déni du monde politique et médiatique…

Alain Destexhe, comment peut-on changer la situation à Bruxelles ?

Il faut d’abord établir un diagnostic du problème et essayer de le résoudre. Le diagnostic est lié aux conséquences de la politique d’immigration dite de la porte ouverte menée depuis trente ans en Belgique.
Le traitement est de faciliter l’intégration en commençant par limiter l’immigration.
Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une population d’origine étrangère extrêmement importante. Elle est essentiellement originaire du Maroc, de , du Bangladesh, du Pakistan, d’Algérie et de beaucoup d’autres pays qui ne sont pas véritablement intégrés à la Belgique.
Je plaide pour mettre d’abord l’accent sur cette politique d’intégration tout en limitant l’immigration.

Vous avez dressé, dans une tribune (Le Figaro), une liste de faits divers ayant eu lieu à Bruxelles. L’un d’eux est assez choquant. C’est le “On va tout cramer à Lemonnier Maroc City”. Que cela veut-il dire ?

Le boulevard Lemonnier est un grand boulevard du centre de Bruxelles. Ce serait l’équivalent du boulevard Saint-Michel à Paris.
Ces émeutes ont commencé à la suite du match Côte d’Ivoire/Maroc. L’ensemble de la presse belge continue à parler de jeunes sans plus de précisions en refusant de voir que ces jeunes étaient très majoritairement d’origine marocaine.
Un peu comme en France, il y a ce phénomène d’appropriation du territoire dans certaines banlieues. Nous avons aussi l’équivalent de vos territoires perdus de la République : les territoires perdus du royaume.
J’interprète cette phrase “On va tout cramer à Maroc City” comme une sorte d’appropriation du territoire par ces bandes de délinquants qui ne sont évidemment pas représentatives de la population d’origine marocaine ou autre, mais qui sont pour l’essentiel originaires de cette communauté.

Ce problème d’arrivée massive d’immigration dans ces villes-là est un phénomène ancien. Un nouveau cap a-t-il été franchi ?

Il n’y a pas eu de cap franchi. Tout s’est fait progressivement sur vingt ou trente ans. Le problème est plutôt le déni face à cette situation.
Il y a une arrivée massive de populations d’origine étrangère dans une société belge de plus en plus sécularisée où on a le droit d’être homosexuel, de changer de religion, on n’a pas le droit d’être antisémite, et où les femmes sont égales aux hommes. Tout cela a posé des problèmes qui ont été minimisés, voire même totalement niés. Une partie de la classe politique, surtout à gauche, a cru que la simple arrivée de ces personnes sur notre territoire allait comme par miracle créer une intégration réussie et, donc, ce fameux vivre ensemble qui est devenu un slogan vide et creux.
Or, les choses ne se sont pas passées comme cela. Comme je l’écris, Bruxelles est une collection de communautés qui ont très peu de contacts entre elles. Il ne faut pas oublier qu’il y a eu ce phénomène de pépinière du terrorisme, de combattants qui sont partis se battre en Syrie ou en Irak. Pour moi, tout cela est le fruit d’une intégration ratée.

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