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Cinéma - Discours - Editoriaux - 8 janvier 2020

Aux Golden Globes, un Ricky Gervais peu conformiste !

La République a peut-être l’exclusivité de ses valeurs, mais elle n’a pas l’exclusivité de ses Enfoirés façon « Je pense à toi, je pense à moi, je te promets pas le bonheur, etc. » Vous connaissez la chanson. Car oyez oyez, bonnes gens : la saison des congrès rassemblant les cheptels de tous bords vient de s’ouvrir outre-Atlantique. Ce week-end, c’était la grand-messe des Golden Globes, un apéritif avant le plat de consistance, les Oscars, la grande bouffe de la bonne conscience où sera déroulé le tapis – de nos jours persan – foulé par une pléiade d’« enfoirés », triés sur le tas, paillettes, nœuds pap et toussa. Mais c’est d’un certain Gervais que je voudrais vous entretenir. Perso, le seul Gervais que je connaissais, c’était le petit, à l’heure du dessert, après la viande et les carottes cuites.

est un humoriste et acteur de télévision britannique qui a officié lors de cette cérémonie et dont le discours d’ouverture s’est clairement dénoté de ceux ressassés lors des précédentes cérémonies par des célébrités bien plus conformistes.

« Vous serez heureux de savoir que c’est la dernière fois que j’organise ces prix, donc je m’en fiche. » Le ton est donné. Acide, sarcastique et à l’accent British, notamment sur la présence de stars et légendes du cinéma, de nombreux patrons du show-business, ayant tous un point commun : celui d’être pétrifié par Ronan Farrow, dont le livre balance sur l’affaire Weinstein et le milieu du chaud business pervers, le suicide interpellant de Jeffrey Epstein, un racisme bienveillant par l’absence de personnes talentueuses de couleur dans les principales catégories, l’attrait de Leonardo DiCaprio pour les – très – jeunes filles, la médiocrité de la plupart des films hollywoodiens, et j’en passe et des meilleures.

À l’instar du dessert, Gervais garde le meilleur pour la fin. « Apple a fait irruption dans les séries télé avec un superbe drame sur la dignité et l’importance des bonnes actions, réalisé donc par une firme qui exploite des ateliers de misère en Chine. Vous dites que vous êtes « woke » (« éveillé », ayant pris conscience des injustices sociales dans le dialecte progressiste), mais que dire des entreprises pour lesquelles vous travaillez. Apple, Amazon, Disney… si Daech lançait un service de streaming, vous n’hésiteriez pas à appeler votre agent, n’est-ce pas ? Donc, si vous gagnez un prix ce soir, veuillez ne pas l’utiliser comme une occasion de faire un discours politique. Vous n’êtes pas en mesure de faire la leçon au public sur quoi que ce soit. Vous ne savez rien du monde réel. La plupart d’entre vous ont passé moins de temps à l’école que Greta Thunberg. Si vous gagnez, montez, acceptez votre petit prix, remerciez votre agent et votre dieu, et dégagez ! » (« F..k off! », pour les puristes.)

Cette mise en bouche n’a pourtant pas empêché une gagnante, Michelle Williams, de faire la promotion de l’avortement, et notamment du sien, qu’elle ne regrettait pas. Gervais n’est pas le seul à dénoncer le comportement de cette police de la vertu cathodique. Anthony Hopkins a déclaré que les acteurs sont, en général, « assez stupides » et devraient éviter de parler de politique ou de questions sociales. D’autres pensent que ce discours a donné un coup de pied dans la fourmilière hypocrite des ligues de vertu bien-pensantes et a, ainsi, exposé cette caste comme « un groupe de charlatans décadents sans vergogne à deux faces » (d’après le tweet du journaliste britannique Piers Morgan).

Mais n’ayez crainte, pas de ça chez nous, n’est-ce pas ?

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