Editoriaux - Histoire - Industrie - Politique - Sport - 2 juin 2018

Autolib’ : un trou de 300 millions d’euros. Merci qui ?

Autolib’ devait être le symbole de l’alliance réussie de l’innovation technologique et de la révolution des transports à Paris, tout ça sous la houlette de la gauche bobo et moderne. Autolib’, c’était tout un programme. Mais la belle histoire vire au cauchemar depuis plusieurs années. L’aventure est une catastrophe financière. Le problème, c’est qu’il y a de l’argent public en jeu. Beaucoup d’argent public…

En effet, l’entreprise est, depuis l’origine, déficitaire, et le gouffre ne cesse se de creuser. Un contributeur avait rappelé ici le seuil de rentabilité prévu par le groupe Bolloré. Jamais il n’a été atteint. L’équilibre impossible reposait sur une augmentation des abonnements. Or, ils ne cessent de décroître. Les causes ? La concurrence des autres moyens modernes de déplacement (VTC, etc.), mais aussi le manque de fiabilité de certains véhicules et de certaines stations, parfois dégradées par des migrants s’en servant de domicile.

Donc, il y a trou, et chaque mois qui passe le creuse davantage. Selon les informations du Monde, le déficit cumulé, en 2023, atteindrait 293,6 millions d’euros. Vous avez bien lu : 300 millions d’euros !

Le groupe Bolloré et la mairie de Paris sont en négociation pour éponger ce déficit. Mais il se trouve qu’ils avaient signé, en 2011, un contrat de concession explicite : l’industriel n’était obligé de ne prendre à sa charge les pertes que jusqu’à 60 millions d’euros. Au-delà, ce sont les communes qui doivent éponger. Or, l’au-delà est gigantesque ! Et plus le temps passe, plus il s’élargit ! M. Delanoë et Mme Hidalgo ont entraîné Paris et les communes voisines dans une aventure folle !

On comprend que la mairie de Paris, déjà empêtrée dans son fiasco Vélib’, soit très embarrassée. Attendre davantage ? C’est voir gonfler cette ardoise. Et le scandale. Prendre le taureau par les cornes, c’est révéler au grand jour l’incompétence et l’impéritie de ces socialistes parisiens qui ont signé un contrat désastreux pour les finances municipales, et qui ont embarqué les communes voisines dans cette aventure folle.

Vendredi 25 mai, c’est le groupe Bolloré, lui aussi en mauvaise posture, qui a mis les élus concernés devant leurs responsabilités : il réclame aux 98 communes une somme de quelque 40 millions d’euros par an jusqu’au terme de la délégation de service public, en 2023. C’est de bonne guerre. Et conforme au contrat… Chaque commune doit contribuer au prorata du nombre de stations Autolib’ sur son territoire. Et, donc, Paris est évidemment en première ligne.

Mais entre les deux parties, c’est la guerre : dialogue de sourds, bras de fer financier, bataille d’experts avec audits (notamment du coût du service informatique d’autopartage, comité de conciliation, dont les conclusions ont été rejetées par les deux parties).

Pour Bolloré et Hidalgo, Autolib’ est au point mort. Et ils ne savent pas comment se tirer de cette galère : résiliation anticipée de la concession ? Tribunal administratif ? Même si Anne Hidalgo y est réticente, le recours permettrait de ne pas provisionner des dizaines de millions d’euros pour le groupe Bolloré dans son prochain budget.

Mais les contribuables parisiens et franciliens, eux, quelle que soit la solution trouvée, peuvent les provisionner dans les leurs pour les années futures.

Une chose est sûre : Autolib’ est un fiasco commercial, financier et politique. Un cas d’école de ce que la nouvelle économie peut engendrer comme illusion. En votant en 2020, il serait bon que les Parisiens choisissent autre chose que cette gauche-là, qu’elle se nomme Delanoë, Hidalgo ou Griveaux…

À lire aussi

Affaire Dupont de Ligonnès : questions sur un nouveau fiasco

Le frisson se déplace. …