Blog - Editoriaux - Politique - Radio - 2 juin 2018

Le colonel Beltrame, Mamoudou Gassama et l’islamiste de Liège

Je suis naïf.

Je m’émerveille d’abord.

Je suis naïf.

J’ai vu avec une stupéfaction admirative Mamoudou Gassama, ce jeune homme malien, le 28 mai, s’élancer de sa propre initiative et grimper le long d’un immeuble pour sauver un petit enfant de six ans suspendu et que son père avait laissé seul pour aller faire des courses. Il y avait un voisin proche mais il est établi, contre toutes les thèses complotistes absurdes, maladives, que c’est bien Mamoudou Gassama qui a été décisif (Ouest-France, Morandini Blog)

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Je suis naïf.

Le président de la République a reçu immédiatement ce héros modeste du quotidien en situation irrégulière et qui s’est vu octroyer dans les meilleurs délais la naturalisation française. Faute de mauvais esprit, je n’ai pas perçu la récupération politique qui aurait dénaturé ce bel hommage justifié. Il me semblait normal de célébrer au plus haut niveau ce geste exemplaire, et quant à craindre le risque de dangereuse profusion, il faut se rassurer : nous n’aurons jamais autant de héros que d’illégaux sur notre territoire !

Je suis naïf.

J’ai apprécié que nous ayons eu notre magnifique héros officiel, le colonel Beltrame, qui s’est sacrifié pour sauver une vie. J’ai aimé que nous ayons notre intrépide et anonyme héros malien qui a pris des risques pour secourir un enfant. Si j’ose dire, la France rassemblée dans une même estime.

Je suis naïf.

Dans tout cela, rien que je soupçonne, que de la joie.

Mais c’est compliqué.

Mon ami André Bercoff, qui stimule brillamment les auditeurs de Sud Radio du lundi au jeudi, a participé à un débat à “L’Heure des pros” avec le vif Pascal Praud – le seul animateur qui est capable d’être plus libre que ses invités ! – et au sujet des crimes terroristes de Liège, il a osé parler de “courage” et de “cohérence”. Pascal Praud ayant réagi au sujet de “courage”, André Bercoff a maintenu “cohérence”.

Faut-il souligner la “cohérence” d’un processus criminel terroriste entêté dans sa volonté de massacrer les mécréants sans discrimination ni la moindre humanité ? Pourquoi pas, mais alors, c’est la cohérence d’une monstruosité qui ne sait demeurer que fidèle à elle-même ?

Il est difficile dans un débat, même de qualité, de faire allusion à la vertu du courage en l’appliquant à des criminels si on n’a pas la possibilité de développer les nuances et les explications pour un propos apparemment provocateur.

J’ai regretté l’usage du mot “courage” mais je percevais ce que, dans l’immédiateté de sa fougue, André Bercoff avait l’intention de transmettre. Le CSA, qui s’est saisi, ne devrait pas s’y tromper et faire fausse route.

J’ai d’autant mieux compris la portée de cet épisode que j’avais longuement explicité, dans un billet du 26 mars 2016, ces notions et souligné que le terrorisme islamiste avait pour vocation de tuer le plus possible et d’être tué ou de se tuer lui-même. On peut nommer ce processus final “courage” singulier, même si c’est celui d’une malfaisance absolue.

Cette actualité, en Belgique et en France, nous confronte d’une part à la solidarité indignée avec les victimes d’un criminel islamiste abattu, d’autre part nous comble avec l’audace applaudie d’un jeune Malien.

Extrait de : Justice au Singulier

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