Australie : le concentré incendiaire de nos aberrations

Donc, ça flambe et ça meurt sur l’île-continent. Les chiffres sont à la mesure de sa démesure : « Huit millions d’hectares en feu (80.000 km²), soit près de dix fois la taille de la Corse et trois fois plus que les 25.000 km² consumés, en août dernier, en Amazonie, près de 2.000 maisons détruites, 25 morts chez les humains, plus de 500 millions chez les animaux… » Et encore n’a-t-on pas compté les fourmis, dorylides, promyrmicides, leptanillides, cérapachyides et autres termites qui grouillent à la surface et en dessous. Et puis, si l’on pleure sur les gentils koalas et les mignons kangourous, on s’émeut peu de la disparition des émeus, et moins, encore, des serpents qui grillent en vrille au fond de leurs trous.

On pleure. Le monde pleure. Il faut dire que les larmes, ça fait vendre, surtout quand circulent sur les réseaux sociaux des images bidonnées comme celle de cette petite fille, plantée sur la plage devant un ciel d’Apocalypse, masque à gaz sur le visage, tenant un koala dans ses bras. Sa maman, la photographe Thuie, est spécialiste des montages avec la gamine qu’elle mitraille et accommode à toutes les sauces. Elle ne s’en est, d’ailleurs, pas cachée : « Ce post est maintenant devenu viral, assurez-vous s’il vous plaît de mentionner qu’il s’agit d’un montage réalisé avec Photoshop (c’est pour ça que mon compte est connu) », a-t-elle publié. Qu’importe.

« Mon œuvre visait à représenter ce que nous vivons en ce moment, les incendies, les personnes affectées par ces feux et les masques que ceux qui vivent dans les zones en danger doivent porter, et le fait que les animaux sont aussi touchés que les humains », s’est-elle expliquée. Pauvres animaux. Leur histoire dans ce bout du monde est un cauchemar. Car si les Aborigènes ont, à peu près, réussi à cohabiter avec les espèces endémiques, nul n’ignore aujourd’hui que l’arrivée des colons blancs a été un désastre pour la faune locale. L’importation d’espèces invasives a tourné à la catastrophe. Lièvres, renards, chèvres, chevaux, ânes… Ce sont, aujourd’hui, 56 espèces de vertébrés qui sont jugées « envahissantes », pour l’essentiel des animaux domestiques retournés à l’état sauvage car désormais inutiles.

Ainsi ces malheureux dromadaires – bêtes de somme remplacées par le train dans les années 1920 – et dont on vient de décider l’abattage par des snipers embarqués dans des hélicoptères, comme l’évoque Europe 1. Ils sont devenus une menace pour les humains, nous dit-on. C’est que les bêtes ont faim et soif, s’approchent trop près des hommes. « Ils menacent les réserves de ces villages, en plus de provoquer des dégâts et de constituer un danger pour les automobilistes. » On va donc les zigouiller : 10.000 têtes. Et zou ! Proprement, c’est promis. Fini le temps où les Australiens dézinguaient les émeus à la mitrailleuse. Aujourd’hui, on trucide « dans les règles du bien-être animal », c’est le ministre de l’Environnement qui l’a dit. Et pour ne pas traumatiser davantage les populations, on fera ça loin des regards. On n’est pas des bêtes, quand même !

On n’est pas des bêtes, on a même du cœur, un petit cœur qui saigne. Alors, pour contrer la vilaine image des brasiers de dromadaires (ils vont être brûlés), on va fabriquer des petites poches en tissu douillet pour les bébés kangourous devenus orphelins. Une belle cause, très photogénique, mimi tout plein. C’est La Dépêche du Midi qui relaie l’appel du Parc australien de Carcassonne : tous à vos machines à coudre ! Et quand vous aurez bien travaillé, on fera un envoi groupé par avion-cargo.

Surtout, n’ayez pas d’inquiétude sur le bilan carbone : les rejets de l’avion-cargo sont compensés par les pets que les dromadaires ne produiront plus.

On respire…

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