Au Congo et en Inde, les chrétiens sont persécutés…

Boulevard Voltaire est allé à la rencontre de deux prélats soutenus par l’association Aide à l’Église en Détresse, à l’occasion de leur passage à Paris pour la 11e édition de la Nuit des témoins.

Mgr Ambongo, archevêque de Kinshasa, et Mgr Mascanenhas venu d’Inde, évoquent les difficultés auxquelles les catholiques sont confrontés dans leurs pays. Des persécutions dont personne ne parle.

Vous êtes venu de la République démocratique du Congo. Pouvez-vous nous expliquer ce que vit le Congo, et plus particulièrement ce que vivent les chrétiens au Congo ?

Au Congo, il y a une longue histoire de tribulation. Le pays est très riche d’un côté, mais le peuple qui habite ce pays très riche est considéré, aujourd’hui, parmi le peuple le plus malheureux, le plus pauvre de la Terre. Tout cela à cause du mauvais cœur de l’homme de chez nous qui est au pouvoir. Mais il est accompagné, aussi, de ses mentors au niveau international, et notamment ici, en Occident. L’Occident ne laisse rien au peuple parce que nous savons que le malheur qui arrive, actuellement, ici au Congo est essentiellement « une guerre de prédation » pour les ressources naturelles.

Vous dénoncez une situation politique au Congo. Est-ce que vous pouvez être plus précis sur les responsables de cette situation ?

Nous avons toujours eu, au Congo, des dirigeants qui ne pensent qu’à eux. L’intérêt supérieur du peuple n’a jamais compté depuis pratiquement l’indépendance jusqu’à aujourd’hui.
Aujourd’hui, nous sommes arrivés au point où le peuple commence à se relever, à se redresser contre ce système d’injustice planifié, ce système de corruption érigé en système de gouvernement. Cela s’accomplit grâce à l’accompagnement de l’Église qui aide le peuple, petit à petit, à se prendre en main et à ne plus continuer à compter sur une classe politique qui a démérité.
Ce travail, nous le faisons depuis longtemps. Ça vient de se terminer avec l’accord dit de la Saint-Sylvestre, qui avait rendu possibles des élections. Elles viennent de se terminer. Ces élections se sont bien passées avec une volonté clairement exprimée de la part du peuple pour un changement.
Malheureusement, celui qui était programmé n’a pas été celui qui a été élu. Nous avons dénoncé un déni de vérité. Nous ne pouvons pas gouverner un pays sur des bases de mensonges. Mais, quoi qu’il en soit, nous devons composer avec l’institution du président de la République, même si ce poste est occupé par quelqu’un qui est arrivé au pouvoir de cette manière-là. Mais l’enjeu est qu’il soit entre l’enclume et le marteau. Il est arrivé au pouvoir par la volonté d’un homme, son prédécesseur, et doit logiquement servir l’intérêt de celui-ci. Mais d’un côté, il y a le peuple qui l’attend, même s’il vient de l’opposition.
C’est une équation pas facile. Nous pensons que le nouveau président Félix, que nous sommes déterminés à soutenir, devra s’appuyer sur le peuple et continuer à servir l’intérêt de celui-là.

Donc, si j’entends bien, l’Église, en plus d’avoir un rôle spirituel au Congo, a aussi un rôle politique ?

Au Congo, c’est plutôt un rôle global. L’Église est amenée à jouer le rôle important qu’elle joue aujourd’hui à cause de la faillite de l’État.
Si l’État jouait son rôle, l’Église ne ferait pas tout ce qu’elle est en train de faire aujourd’hui, notamment dans le domaine de l’éducation, de la santé et dans son développement général, etc.
L’Église le fait parce que l’État ne le fait pas !
Au centre de l’action de l’Église, il y a l’homme, et nous pensons que cet homme que l’Église doit servir est essentiellement « corps et esprit ».
L’Église ne peut pas donner l’impression qu’elle est seulement au service d’un être humain désincarné. L’être humain est à la fois « corps et esprit ». Tant que le corps souffre, l’Église doit aussi s’en occuper au même titre que le soin spirituel qu’il doit apporter à cet homme.

En vue de la Nuit des témoins, quelles sont les intentions de prière que vous aimeriez que nous portions en France?

Je souhaiterais que vous priiez pour le peuple congolais qui souffre beaucoup, que vous accompagniez ce peuple pour que ses cris puissent parvenir au Seigneur, qu’Il puisse nous donner l’énergie et la grâce pour continuer à mener le combat pour que, demain, le peuple congolais puisse vivre dignement.

Mgr Mascarenhas

En premier lieu, nous rendons grâce pour l’Église de France. L’Église, en France, nous a donné des saints, des missionnaires et études. Avec les missionnaires allemands, italiens et belges, les missionnaires français ont apporté la foi dans beaucoup d’endroits en Inde.
Je suis donc ici pour dire merci à l’Église de France pour ce qu’elle a fait pour nous et ce qu’elle continue à faire pour nous.
Par ailleurs, l’Église, au travers de l’Église en détresse, aide l’Église d’Inde à construire des écoles et des dispensaires, à subvenir aux besoins des séminaristes et des prêtres, parce que nous sommes une Église très pauvre, en particulier au nord de l’Inde. Donc, merci pour l’appui que vous nous apportez.
Je viens d’un grand pays de 1,3 milliard d’habitants où seulement 2 % sont catholiques. Cela représente environ 20 millions de fidèles. Mais ces 20 millions font fonctionner 54.000 écoles dans lesquelles sont instruits plus de 60 millions d’enfants. Nous gérons des cliniques, des hôpitaux, des dispensaires dans des endroits très reculés et oubliés d’Inde pour soigner les pauvres.
Certains hindous radicaux ont dit qu’ils voulaient faire de ce pays un pays hindou et qu’ainsi, les musulmans doivent aller au Pakistan et que les catholiques doivent aller au Vatican ou n’importe quel pays chrétien.

Quelles sont les menaces qui pèsent sur ces chrétiens de la part de ces nationalistes hindous ?

Il y a des campagnes médiatiques et publicitaires qui attaquent l’Église et essayent de mettre à mal sa crédibilité. Ils utilisent de la propagande malveillante. Ils disent que nous convertissons et que la majorité hindoue est en danger. Cette propagande venimeuse est dangereuse.

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