Accueil Audio Arthur Herlin, sur le coronavirus : « Ici, en Italie, nous voyons que la France n’est pas du tout préparée à la vague qui arrive »
Audio - Coronavirus - Editoriaux - Entretiens - Santé - 12 mars 2020

Arthur Herlin, sur le coronavirus : « Ici, en Italie, nous voyons que la France n’est pas du tout préparée à la vague qui arrive »

La totalité du territoire italien a été mise en quarantaine pour lutter contre l’expansion de l’épidémie de coronavirus.

Témoignage d’Arthur Herlin, qui vit et travaille à Rome.

Selon lui, la France sous-estime cette épidémie et ne prend pas les mesures nécessaires.


L’ subit de plein fouet cette épidémie de coronavirus. Le pays est confiné…

Lundi aux alentours 19 heures, je me suis rendu dans des galeries équivalentes aux galeries Lafayette à Paris. Ces dernières étaient désertes, alors que j’y étais à une heure de grande influence.
Cela a été pour moi un signal de voir que les gens commençaient à être confinés chez eux. Le gouvernement avait déjà invité les gens à rester chez soi.
Lundi soir, le président du Conseil a déclaré que les règles qui étaient jusque là réservées aux régions très touchées du nord de l’Italie s’adressent maintenant à tout le territoire italien.
Depuis lundi soir, l’ensemble de l’Italie est soumis à des règles très strictes de quarantaine. En tant qu’employeur italien, j’ai reçu du ministère du travail italien un document que je dois signer pour que mes employés puissent circuler sur le territoire de Rome. Certains de mes journalistes qui se baladaient ou très tôt ce matin ou très tard hier soir ont eu des contrôles de police. On n’est pas du tout sur quelque chose de souple. Je ne connais pas exactement les chiffres puisqu’ils changent toutes les heures, mais je sais qu’hier soir, on comptait à peu près 830 morts. Cela veut dire qu’aujourd’hui, on devrait passer à 1000 morts dans le nord de l’Italie. On devrait également dépasser les 15 000 cas de contaminés. C’est à peu près 3000 de plus qu’hier. C’est absolument considérable et exponentiel.
Les médecins comme tout un tas d’observateurs avisés disent que la France n’a seulement que six ou sept jours de retard et qu’elle va vivre à peu près la même chose tant que des mesures ne seront pas prises.

La porte-parole du gouvernement français a critiqué la gestion italienne en démontrant que tout ce qu’avaient fait les Italiens n’avait servi à rien puisque la crise est extrêmement forte.
La France a-t-elle une meilleure position que l’Italie sur ce sujet ou est-ce rassurer les Français en tapant sur nos voisins ?

Bernard Kouchner a eu le même type de déclaration en disant que les Italiens ne sont pas forcément très réactifs. Je suis depuis des années à Rome et j’ai pu observer qu’en règle générale il y a une sorte de mépris de la classe politique française à l’égard de l’Italie. Cela ne fait plus l’ombre d’un doute depuis quelques années. Ont-ils raison ou tort concernant le coronavirus ? Je pense qu’ils se trompent sur toute la ligne. Les Italiens ont fait ce qu’ils pouvaient. Je trouve que c’est mal placé de dire cela à l’heure actuelle quand on voit que la France prend très peu de mesures.
Je viens de rentrer à grande vitesse sur le territoire français et la première chose qui me choque c’est la passivité et l’inconscience des Français. Ce sont les médias qui donnent la parole à des gens qui disent que ce n’est pas grave et que c’est une grippe. Je trouve qu’on est très mal placé pour dire cela. En termes d’hôpitaux, la France a à peu près le même niveau de capacité que l’Italie.
En terme sanitaire, le nord de l’Italie est la région la plus développée d’Italie. Ce pays n’a rien a envier aux systèmes de santé parisien. Aucun système de santé européen de pays développés n’est parfaitement préparé à recevoir en une journée 2500, 3000, 3500 personnes avec des difficultés respiratoires. Je pense que la France n’est absolument pas préparée. Je ne suis d’ailleurs pas le seul à le dire. Tous mes confrères qui travaillent à Rome et moi même sommes en train de signer une tribune qui va être partagée dans les journaux nationaux. On appelle l’État à passer au niveau au-dessus en termes de réglementations et de règles pour faire face à la vague qui nous attend.

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