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Editoriaux - Politique - Société - Tribune - 2 avril 2015

Arnaud Montebourg l’avoue : il a « perdu son temps » en politique. Et le nôtre avec !

L’homme, on le sait, a toujours aimé prendre les devants et surtout se mettre en avant. Avec ou sans marinière, là-dessus, rien n’a changé. La preuve : à l’approche du week-end pascal, est déjà rendu à la Pentecôte.

C’est un fait indéniable, là encore : comme le prouve l’entretien qu’il a accordé ce jeudi aux Échos, le Saint-Esprit a visité l’ex-ministre du Redressement productif. Après un an de réflexion dans la secte des frondeurs, puis un mois de retraite dans le monastère de l’INSEAD, l’homme a accompli sa révolution intérieure. Le voilà donc prêt à entrer dans les ordres du monde de l’entreprise et de l’économie mondialisée.

La semaine dernière, Arnaud Montebourg a été intronisé vice-président d’Habitat ; il est également entré au tout nouveau Comité d’orientation stratégique de l’entreprise Talan, une société de services en ingénierie informatique (SSII) en pleine ascension. Il y siégera aux côtés de Michel Combes, par ailleurs directeur général d’Alcatel-Lucent. Et à l’entendre, le bel Arnaud préfère aujourd’hui nettement les jetons de présence des conseils d’administration à ceux des conseils des ministres. Et s’en explique pour Les Échos, qu’il préfère sans doute désormais, avec La Tribune et Challenges, au Monde et à Libération.

Évoluant désormais dans d’autres sphères, Montebourg fustige méchamment la politique du gouvernement qui a fait de lui une vedette à rayures. Ce n’est pas le plus étonnant car on sait en quelle estime il a toujours tenu « Flanby ». Plus étonnant est qu’il vante les mérites des modèles britannique et américain. Enfin, ce qu’il vante, c’est la reprise de ces deux économies, mais évidemment sans dire quelles coupes drastiques y ont été imposées dans la protection sociale (notamment).

Une fois de plus, Montebourg baratine. Brasse du vent. Explique que sa ligne est désormais de faire plaisir aux patrons sans fâcher les ouvriers, réduire les déficits sans augmenter les recettes, pour l’amélioration de l’offre mais aussi de la demande. Quant à son successeur et sa loi Macron éponyme, voilà ce qu’il en dit : “Mon objectif, quand j’ai lancé ce projet de loi, était de s’attaquer à la rente et aux privilèges. Si j’étais resté en place, je n’aurais pas cédé face aux corporatismes des professions réglementées, et je n’aurais pas renoncé à certaines protections des salariés, qui ont fait perdre au gouvernement sa majorité sur ce texte.”

Des propositions concrètes, peut-être ? Non. Montebourg entre dans la vraie vie pour “participe[r] à l’innovation”. Confidence de ses nouveaux employeurs : ils disent, eux, l’avoir engagé pour se faire de la pub. Car, en bien ou en mal, Montebourg fait parler. La preuve ici.

Mais le plus rigolo reste à venir. À son interlocuteur qui lui demande si, dans son mois passé à l’INSEAD, il a “perçu ce qui sépare le monde de l’entreprise du monde politique”, Arnaud Montebourg répond dans un grand élan de sincérité : “La différence entre les deux mondes, c’est celle-ci : le monde politique n’a pas de règles et peu de sanctions ; dans l’entreprise, il y a beaucoup de règles et des sanctions. La politique était devenue pour moi l’accumulation de contraintes. La vie entrepreneuriale est celle de l’aventure. En 17 années de vie politique, j’ai accompli, je vous le disais, un certain nombre de choses, mais j’ai quand même l’impression d’avoir perdu mon temps.”

Alors, c’est sûr, promis juré craché par terre, Arnaud Montebourg ne reviendra jamais en politique, au milieu de “cette classe politique [qui] est devenue une bourgeoisie d’État, haut-fonctionnarisée, coupée du peuple”.

Un “système néfaste et dangereux”, dit le repenti, assurant mais un peu tard qu’on ne l’y prendrait plus… Chiche !

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