« Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes », écrivait Bossuet. Cette maxime pourrait s’appliquer, dans bien des domaines, à Emmanuel Macron et aux députés de la majorité, à commencer par Anne-Christine Lang, membre de la Commission des affaires culturelles et de l’éducation. En défendant, dans L’Opinion du 14 février, « l’anonymisation du lycée d’origine dans le cadre de pour lutter contre les inégalités », elle préconise un remède pire que le mal.

Cette mesure démagogique, faussement équitable, aurait pour premier effet d’empêcher tout enseignement exigeant dans des filières sélectives comme les classes préparatoires aux grandes écoles et vouerait à l’échec les élèves qui y auraient été recrutés sans avoir le niveau requis. Les professeurs qui participent aux commissions chargées de sélectionner les dossiers connaissent la réputation des établissements, leur de notation, voire la plus ou moins grande sévérité des professeurs. Ils en tiennent compte et c’est heureux.

L’élue de la majorité se délecte de sa proposition, qui pourrait mettre fin, écrit-elle, à « la hiérarchisation de notre , son élitisme », alors qu’elle traduit un parti pris idéologique. Nul ne conteste les inégalités entre les établissements, dues à des causes multiples, encore que certaines réputations soient usurpées et qu’il y ait des exceptions notables. Mais il vaut mieux le savoir que l’occulter. D’autant plus que le vrai problème est ailleurs, dans la baisse des exigences.

Si, dans les filières sélectives, le pourcentage des enfants de milieu socio-culturel défavorisé est plus faible en 2021 qu’en 1960, c’est que l’école n’instruit plus comme avant. Le collège unique est passé par là, ainsi que les réformes délétères du lycée, qui ont contribué au nivellement de l’enseignement. On a confondu l’égalité avec l’égalitarisme, l’égalité des chances avec l’égalité des résultats. On a couché tout dans le lit de Procuste, seuls quelques privilégiés en réchappant. Le sabotage de l’école publique a ruiné, pour beaucoup d’élèves méritants, l’espoir d’atteindre des formations supérieures.

Il est vrai qu’en se référant aux engagements de Macron pour « casser les déterminismes » et « relancer l’ascenseur  » – un ascenseur bien poussif, au demeurant –, elle ne peut que partager avec son mentor ses préjugés sur les moyens d’y parvenir. On est loin de la conception de Jacqueline de Romilly, qui estimait que « l’émulation et la sélection sont les ressorts de l’enseignement ».

L’annonce récente de la création de « prépas talents », destinées aux élèves boursiers, avec un quota de places aux concours de grandes écoles, est également une fausse bonne idée, une forme hypocrite de . Que les élèves méritants ne doivent voir aucun obstacle financier s’opposer à leur entrée dans des filières sélectives est une évidence : eh bien, qu’on rétablisse des bourses au mérite ! Mais réserver des places à une catégorie d’élèves, en fonction de critères autres que l’appétit de savoir, c’est provoquer une discrimination à rebours.

S’il est une réforme urgente à entreprendre, ce n’est pas d’anonymiser le lycée d’origine dans Parcoursup ni de recourir à quelque discrimination positive : c’est de restaurer une école exigeante, qui permette aux élèves de tout milieu, non de stagner dans la médiocrité, mais de développer au maximum leurs capacités et leurs talents.

16 février 2021

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