Adieu Mutti ! Ces jours-ci, toute la presse bruisse de louanges, unanimes, ou au moins univoques, à propos de la désormais ex-chancelière allemande Angela Merkel. Et tous de louer sa simplicité et son absence de goût de luxe héritées de l’éducation austère d’un père pasteur : pensez, elle fait elle-même ses courses et n’aime rien tant que la soupe de pommes de terre ! De quoi faire pâlir d’envie tous nos politiques amoureux de Rolex™ ou de vacances sur des yachts. Tout au plus aime-t-elle aller passer des vacances dans sa modeste datcha, dans les Dolomites ou encore à Ischia, comme beaucoup d’Allemands.

Élevée en RDA, sa famille ne fut jamais vraiment inquiétée par le pouvoir communiste. Son père, le pasteur Horst Kasner, était surnommé « Kasner le rouge », et sa fille Angela, qui a fait de brillantes études scientifiques, a fait partie de mouvements de jeunesse officiels en RDA.

Elle accède au poste de chancelière allemande le 22 novembre 2005 et l’exercera pendant quatre législatures. Seize ans plus tard, c’est-à-dire ces jours-ci, celle que le magazine Forbes a désignée quatorze fois comme la femme la plus puissante du monde quitte son poste et passe le relais à Olaf Scholz.

Si on ne peut, en quelques lignes, raconter toute la carrière d’Angela Merkel, on doit néanmoins esquisser les grandes lignes de son bilan.

Son positionnement politique ? D’aucuns plaideront pour un pragmatisme équilibré, d’autres pour une singulière absence de convictions droitières. Jugez en : « Parfois, je suis libérale, parfois conservatrice, parfois sociale-chrétienne. Et c’est ce qui fait la CDU. » Ces propos, tenus en 2010, sont rapportés par Le Figaro. Ce fameux « cercle de la raison » hautement revendiqué aujourd’hui par le pouvoir macroniste…

Il est évident qu’elle a, pendant seize ans, brossé, limé et peu à peu effacé l’aile conservatrice de son parti, faisant de la grande CDU allemande un parti de l’extrême centre, voire de gauche pour ceux de son parti qui ont mal accepté de la voir sortir du nucléaire. Elle a fait venir plus d’un million d’immigrés en 2015 et permis l’adoption du mariage homosexuel. Pas étonnant qu’aujourd’hui, lui rende un hommage appuyé.

À nos yeux, la gestion de la migratoire en 2015 fut sans doute la tâche indélébile de ces seize ans de pouvoir. On pourrait aussi parler de la crise grecque, de la domination d’une Europe allemande de fait – et nous l’avons bien laissée faire, en vertu d’un fantasmagorique axe franco-allemand qui s’exerce presque toujours à nos dépens. Mais la crise migratoire a eu des conséquences incalculables, a changé l’identité du peuple allemand. Un exemple : en 2010, Angela Merkel, à propos du credo « Multikulti » (« Nous vivons maintenant côte à côte et nous nous en réjouissons ») : « Cette approche a échoué, totalement échoué » (Le Monde, 17 octobre 2010).

Cinq ans plus tard, un million de franchissaient les frontières ouvertes de l’Allemagne. On se souvient de la nuit de la Saint-Sylvestre 2015 : « Selon un rapport de l'Office fédéral de police criminelle allemand (BKA, pour Bundeskriminalamt) révélé dans les outre-Rhin, ce sont près de 1.200 femmes qui ont été agressées, dont environ 650 à Cologne et 400 à Hambourg, par plus de 2.000 hommes. Il y a plus d'agresseurs que d'agressées, car plusieurs hommes ont abusé d'une seule femme », rapportait Le Figaro, sept mois plus tard.

Toujours selon Le Figaro, aujourd’hui, à Berlin, ville dirigée par une coalition rouge-verte, pour 45 % des écoliers du primaire et 27 % des lycéens, l’allemand n’est pas la langue d’origine.

Pourquoi un tel suicide identitaire ? L’excellent Mathieu Bock-Côté en fait une analyse définitive : « On peut voir, dans le grand saut humanitariste de 2015, une volonté d’effacer la tache au front de l’Allemagne, de se faire pardonner ses péchés dans un acte d’expiation relevant à bien des égards de l’automutilation identitaire. L’ aura vu dans la noyade démographique volontaire une manière originale de laver son âme, à la manière d’un baptême humanitaire. » Mais ce fut aussi une arme politique : « L’ imposait non seulement une immigration massive à l’Europe, mais voulait aussi contraindre, et même casser, les États qui ne faisaient pas le même choix qu’elle. »

Aujourd’hui, c’est Olaf Schulz, du SPD, qui lui succède. C’est son ancien ministre des Finances. Angela Merkel a gouverné onze ans avec les sociaux-démocrates. Fin octobre 2021, lors du G20 à Rome, elle l’a ostensiblement adoubé.

Une transition naturelle, sans grande rupture.

8 décembre 2021

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