Samedi 1er et dimanche 2 avril derniers, soit le 32 et 33 mars selon leur calendrier – car ils ont créé un calendrier –, les survivants de Nuit debout étaient réunis place de la République, à Paris, pour y fêter leur premier anniversaire.

Si j’étais mauvaise langue, je dirais qu’on peut mesurer avec cet outil calendaire la pauvreté de nos révolutionnaires en peau de lapin. Au moins ceux de 1789 avaient-ils fait preuve d’imagination, eux ! Une imagination bucolique et même écologique, qui partageait l’année de vendémiaire en ventôse en passant par germinal, floréal, messidor et autres fructidor. Foin des années sextiles et des « sans-culottides », les Nuit debout se contentent de poursuivre le mois de mars jusqu’au 306.

Je vous explique : 365 jours du calendrier grégorien moins les 59 jours qui séparent la fin de l’année de l’avènement de Nuit debout, le 31 mars.

Je vous entends d’ici : « Mais c’est complètement idiot ! » Je confirme. C’est complètement idiot.

Mais il y a plus amusant encore, quand on y songe : les fameuses sans-culottides évoquées ci-dessus étaient les jours de la vertu, du génie, du travail, de l’opinion, des récompenses et de la révolution, rien que des mots aujourd’hui honnis, notamment par les agités de Nuit debout qui se sont rassemblés voilà un an contre… la loi Travail.

Bref, ils étaient rassemblés ce 32 mars pour leur anniversaire et pour montrer à la haletante qu’ils sont encore là et entendent, à trois semaines du premier tour, peser dans cette campagne présidentielle. Et pour ça, ils ont des idées et de la méthode. D’abord, au nom de la démocratie et de la libre expression, faire, “le 17 avril, blocus contre le meeting de Marine Le Pen !” Histoire, sans doute, de “réenchanter la démocratie”, comme ils disent…

La plupart de ces noctambules sont pro-Mélenchon, le seul qui “[leur] parle parce qu’il est le seul à parler du vivre ensemble, à avoir une réflexion sur ce qu’est un peuple, une communauté d’égaux”. Sauf ceux qui votent pour le FN, bien entendu. Toutefois, certains trouvent encore Mélenchon trop archaïque : “Il dit qu’il veut sortir de la Ve République, mais il représente encore une figure très paternaliste, très présidentielle…”, confie une militante au Monde. Comme quoi il ne suffit pas de porter un costume de garde-chasse pour plaire à la jeunesse.

Bref, au milieu des stands, de la foire à la saucisse et des prises de parole citoyennes, nos joyeux révolutionnaires ont donné l’aubade. Un orchestre, réuni pour l’occasion via les réseaux sociaux, s’est escrimé sur la Symphonie du Nouveau Monde d’Antonín Dvořák – Ô puissance du symbole ! – avant d’entonner “Va, pensiero”, le célèbre chœur des esclaves de Nabucco. Autre symbole et joli pied de nez car ce véritable tube emprunté à l’opéra de Verdi fit autrefois les grandes heures des meetings du… Front national !

Eh oui, c’est sur cette musique tonitruante que Jean-Marie Le Pen entrait dans l’arène !

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