Villepin kiffe le rap : « Dès qu’il y a du texte, ça me parle »

Après Gaza, le rap : l'ancien Premier ministre multiplie les clins d'œil à l'électorat convoité par Jean-Luc Mélenchon.
Capture d'écran LCP
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Un homme en campagne. Ce vendredi 10 juillet, Dominique de Villepin était de passage dans la cité de La Rochelle où se déroule actuellement le festival des Francofolies. L’ancien Premier ministre, qui devrait annoncer très prochainement sa candidature à l’élection présidentielle, s’est prêté au jeu des questions-réponses avec le journaliste de gauche Éric Fottorino, dans le cadre du rendez-vous J’ai la mémoire qui chante. Parmi les chansons préférées du septuagénaire à la mèche impeccable, certains choix musicaux étonnent. « Le rap, c’est une musique qui nous accompagne, quelque chose de naturel et d’addictif, déclare-t-il, à la surprise générale. Dès qu’il y a du texte, ça me parle. »

Sur les réseaux sociaux, de nombreux observateurs raillent ces propos jugés aussi opportunistes qu’invraisemblables. « Pic du boumerisme de gauche », se moque ainsi la journaliste Eugénie Bastié. « Le rap et les bustes de Napoléon-offerts-par-des-dictateurs-africains, wesh j’te jure comment j’adore trop… », ajoute l’humoriste Sophia Aram. « Maintenant qu’il le dit, je trouve qu’il ressemble à Médine », ironise également l’avocat Gilles-William Goldnadel.

Une posture ringarde

Dominique de Villepin n’est pas le premier homme politique à afficher opportunément son amour du rap. En avril dernier, la députée LFI de Seine-Maritime Alma Dufour avait revendiqué un même mauvais goût, assurant qu’elle en tirait une certaine légitimité à incarner la « nouvelle France » : « Je pense que oui, d’après le retour que j’ai, parce que je suis jeune, que je suis une femme, parce que j’écoute de la techno et du rap », avait-elle ainsi défendu, sur RFI. On se souvient aussi qu’Amélie Oudéa-Castéra, ministre des Sports de 2022 à 2024, nous avait offert une inoubliable séquence en déclarant sa flamme à Aya Nakamura et son très agaçant tube Djadja.

Ces génuflexions maladroites devant une « musique » associée à la jeunesse trompent-elles encore le moindre électeur ? Depuis les années 80, on assiste régulièrement au même spectacle désolant : des élus qui, la veille encore, ignoraient tout du sujet se découvrent soudainement une passion pour le rap. Jack Lang et la gauche mitterrandienne, dès leur arrivée aux manettes, avaient multiplié les actions allant dans le sens de la promotion et de la reconnaissance officielle de la culture « hip-hop ». Non par amour sincère, mais parce qu'ils y voyaient déjà un passeport électoral vers certains quartiers.

Un marqueur identitaire

Si le rap s’est imposé comme le genre « musical » le plus populaire auprès des jeunes, il n’en reste pas moins un marqueur associé avant tout aux banlieues et à ceux qui les occupent. Il suffit de regarder un clip, d’observer l’allure des protagonistes, d’écouter leur langue pour le comprendre. Vanté par Dominique de Villepin et tant d’autres ignorants avant lui, le fameux « texte » des rappeurs ne dépasse que rarement le stade de la médiocrité. Il se résume trop souvent aux graffitis tagués en bas des tours HLM : sexisme, homophobie, culte de l’argent et de la violence, apologie de la drogue, haine de la police et des Français.

Le paradoxe est saisissant. Jamais une « musique » aux constructions mélodiques aussi pauvres et aux textes aussi haineux n'a occupé une place aussi centrale, n’a été autant applaudie par des responsables politiques. Dominique de Villepin est le symptôme d'une gauche qui préfère multiplier les clins d’œil aux communautés plutôt que défendre une ambition commune. Après les envolées très appuyées sur Gaza, place désormais à l'hommage au rap, nouvelle figure imposée aux candidats en quête de respectabilité dans les quartiers « populaires ». Demain, sans doute, viendront les professions de foi sur les mangas, les jeux vidéo ou la pâte à tartiner El Mordjene. Jean-Luc Mélenchon n’a qu’à bien se tenir.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

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