C’est officiel : Alexandre Langlois, secrétaire général du syndicat de police VIGI, est révoqué de la police nationale. Réaction et explication de l’intéressé au micro de Boulevard Voltaire.

 

Vous êtes révoqué de la Police nationale. Cette décision fait suite à de nombreux conflits que vous avez eus avec l’institution et le ministère de l’Intérieur. Quel est votre état d’esprit aujourd’hui ?

 

Mon premier sentiment est d’être combatif. Avec le syndicat, nous avons tapé là où cela faisait mal et sur les points qui étaient justes. Une des incriminations retenues était d’avoir dénoncé le fait qu’une centaine de policiers se sont suicidés. Encore la semaine dernière, la manifestation en soutien à nos collègues qui se sont suicidés a été interdite par le préfet de police. On voit bien qu’il y a un malaise et le ministère est un ministère des apparences.

Je suis à peine déçu. C’est une décision politique. Monsieur Darmanin a pris la décision tout seul sans aucun filet de secours puisque le conseil de discipline ne s’était pas prononcé. Tous les syndicats de police s’étaient prononcés unanimement contre un refus de voter n’étant pas compétents pour sanctionner un syndicaliste.

 

 

Lorsqu’on lit votre lettre de révocation, on s’aperçoit qu’on ne vous vire pas à cause de motifs professionnels. Il est bien précisé que sur le plan professionnel, vous remplissiez toutes satisfactions. Ces raisons sont-elles contestables juridiquement ?

 

Oui, nous allons au tribunal pour demander un référé-suspension pour faire annuler la sanction. A partir d’aujourd’hui je ne suis plus payé. Mon avocat m’a dit qu’il n’avait jamais vu cela. Légalement, cela semble impossible. Une fois de plus, nous sommes dans une stratégie de briser les gens. Le fait de révoquer un secrétaire général d’un syndicat en plein Beauvau de la sécurité, passe un message très fort. Ce message a pour but de faire comprendre que dans ce Beauvau de la sécurité, si des gens osent contester le gouvernement, on a les moyens de les briser.

 

 

Cela fait plusieurs années que les auditeurs de Boulevard Voltaire peuvent entendre vos analyses sur la Police nationale. Cela fait plusieurs années que vous êtes en conflit avec le ministère de l’Intérieur. Etes-vous tenté de tourner la page et d’en finir avec la police et d’aller « planter des choux » ?

 

J’aimerais bien si je le pouvais, mais je ne pourrais pas avec ma conscience. Au contraire, je vais plutôt élargir le combat puisqu’il n’y a pas que dans la police qu’il y a un problème de liberté individuelle et de démocratie. Le problème est dans la société. On essaie d’opposer les gens plutôt que de les rassembler et de créer des clivages de façon arbitraire.

A mon dernier conseil de discipline, des gens aux idéologies variées et diverses et plutôt opposées pour certain ont pu se rassembler sur des choses qui rassemblent. Des associations m’ont proposé de les aider dans leur combat. Il y a beaucoup de projets comme celui-ci. Je ne veux pas leur laisser le plaisir de pouvoir dire qu’ils m’ont brisé et je ne veux pas laisser un monde pareil à mes enfants.

 

 

Allez-vous contester au tribunal cette révocation ? Votre objectif est-il de rester dans la police ou d’en sortir ?

 

L’objectif est d’obtenir une rupture conventionnelle comme prévu initialement et d’avoir l’indemnité nécessaire pour pouvoir me retourner et continuer les combats de façon plus large et plus offensive, sans avoir cette pression disciplinaire arbitraire qui peut tomber à tout instant.

Le combat va continuer. Ils ont fait n’importe quoi, alors j’espère que le tribunal administratif les sanctionnera pour cela. Certes, c’est embêtant pour moi à titre personnel, mais de façon plus générale, c’est embêtant pour la liberté d’expression. Dès qu’il y a un souci sur les débats, le gouvernement tape très fort sur les gens qui ne pensent pas comme lui.

A droite, on reproche souvent à VIGI et à vous d’affaiblir l’institution policière. Votre combat ne va-t-il pas contre l’intérêt de vos collègues et de la sécurité intérieure pour reprendre l’argumentaire du ministère ?

 

Je ne pense pas, sinon je ne le ferais pas. Je rappelle que le combat principal qui a été une fois de plus reproché dans cette sanction de révocation est d’avoir lutté contre les suicides. La première cause de mort violente des policiers en France n’est pas les criminels, mais le désespoir engendré par notre administration.

On parle aussi des agressions sexuelles d’un médecin de la police nationale. Je pense que ceux qui ont obtenu justice sont contents de l’avoir obtenu. Mais aussi, la falsification des chiffres de la délinquance. Les policiers ne se retrouvaient déjà plus dans ce qu’ils faisaient. Je ne vois pas en quoi je combats l’institution policière. Je combats les dérives qui sont révélées par certains politiques qui nous empêchent de faire notre travail correctement. Encore récemment, on a contrôlé les attestations de couvre-feu ou de sorties pendant le confinement, alors qu’on ne nous envoie pas à d’autres endroits.

Je voudrais qu’on me donne des faits très précis pour lesquels on me reproche de ne pas défendre l’institution.

 

 

16 mars 2021

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