Agression de l’Arménie : le lobby azerbaïdjanais paralyse-t-il les dirigeants européens ?

Azerbaï

Depuis le 12 septembre, le conflit a repris entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Le cessez-le-feu de l’automne 2020 a été violé par les forces armées azerbaidjanaises et les Arméniens comptent, déjà, près de 204 soldats tués dans leurs rangs. Loin de susciter autant d’émotions que la guerre en Ukraine auprès des chancelleries européennes, le conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie se distingue pourtant par sa violence extrême. Exécutions sommaires de prisonniers, décapitations filmées et diffusées sur les réseaux sociaux ou encore emploi d’armes à sous-munitions, de graves accusations de crimes de guerre pèsent sur les soldats azerbaïdjanais et, face à cela, les responsables européens sont bien peu vindicatifs.

Si les richesses gazières de l’Azerbaïdjan protègent le pays de sanctions économiques, la tolérance des dirigeants européens s’explique aussi par un lobbyisme azerbaïdjanais particulièrement bien implanté en Europe. Décryptage.

« Le Caviargate » : des responsables européens corrompus par l’Azerbaïdjan.

C’était en avril 2018. Une enquête interne au Conseil de l’Europe provoque un tollé international : des membres du Conseil auraient reçu des pots de vin de la part de lobbyistes pro-Azerbaïdjan. Trois experts, l’ex-juge antiterroriste français Jean-Louis Bruguière, le Britannique Nicolas Bratza, ancien président de la Cour européenne des droits de l’homme, et la juriste suédoise Elisabet Fura publient un rapport accusant plusieurs élus et parlementaires d’avoir touché des sommes d’argent faramineuses, allant jusqu’à 2,4 millions d’euros, de la part de l’Azerbaïdjan. Régulièrement pointée du doigt pour ses atteintes aux droits de l’homme et son peu d’attention porté aux valeurs démocratiques, Bakou cherche ainsi à s’attirer les bonnes grâces de quelques élus européens afin d’améliorer son image.

Un an plus tôt, Daphne Caruana Galizia, une journaliste maltaise qui enquêtait sur la corruption dans son pays, avait mis au jour des liens économico-politiques troubles entre le Premier ministre maltais et la Pilatus Bank, institution financière qui hébergeait notamment des comptes rattachés à la famille Aliev, famille du président azerbaïdjanais. La journaliste sera assassinée dans sa voiture un an plus tard.

Face aux critiques, le gouvernement azerbaïdjanais n'hésite pas à faire appel à la justice. En 2015, les journalistes Élise Lucet et Laurent Richard, dans un reportage de « Cash investigation », accusent Bakou d’être une « dictature » et son président, Ilham Aliev, d’être un « despote ». Dans la foulée, l’État caucasien porte plainte contre les reporters pour diffamation avant que cette dernière ne soit jugée « irrecevable » par le tribunal correctionnel de Nanterre.

Un lobbying très actif, donc, et qui s’étend à toute l’Europe. Contacté par Boulevard Voltaire, Laurent Leylekian, analyste en géopolitique, spécialiste des questions arméniennes, explique : « Les réseaux azerbaïdjanais sont présents partout en Europe, tout particulièrement en Allemagne et au Royaume-Uni. De nombreux liens économiques existent entre les chancelleries européennes et Bakou, qui reste un pays porteur de nombreuses richesses. »

La sphère d’influence de l’Azerbaïdjan en Europe s’avérerait ainsi vaste et complexe, comprenant des politiques de droite comme de gauche et n’épargnant pas, non plus, les grandes institutions internationales. Pour Jean-Christophe Buisson, directeur du Figaro Magazine et suivant particulièrement la guerre Arménie-Azerbaïdjan, la situation est paradoxale et incompréhensible. Interrogé par téléphone, il répond : « Au nom de l’idéal de démocratie et des droits de l’homme, la gauche devrait condamner l’agression azerbaïdjanaise. En face, au nom de la défense des chrétiens persécutés, la droite devrait aussi dénoncer l’agression. Mais les réseaux azerbaïdjanais créent un blocage au sein de la caste politique… »

La nature ayant horreur du vide et l’Arménie ne pouvant compter sur son soutien européen historique, les États-Unis viennent jouer le rôle du grand frère et Nancy Pelosi s’est rendue, ces jours-ci, à Erevan. Une fois de plus, rendez-vous manqué pour l’Europe.

Vos commentaires

10 commentaires

  1. Le fait que ce conflit est: » loin de susciter autant d’émotion que la guerre en Ukraine » n’a rien de surprenant . La majorité de nos concitoyens ne connaissent rien de l’Azerbaïdjan ni de l’Arménie et ne sauraient même pas les placer sur une carte d’où le désintérêt total pour ces pays. Il n’en ait pas de même pour la Russie et l’Ukraine surtout depuis que nous subissons les conséquences de cette guerre

  2. Pourtant les arméniens sont bien représentés en France ,en nombre de ressortissants issus de l’Arménie qui a subi le génocide . Que font-ils ? sont-ils trop bien intégrés ? Seraient-ils trop compromis par le système ?

  3. L’Arménie est un pays chrétien, l’UE doit la combattre; L’Azerbaïdjan est une dictature musulmane, Ursula l’adore. Dans quel monde vit-on ?

  4. Cette volonté d’éliminer l’Arménie géographiquement l’Azerbaïdjan à ses raisons, L’Arménie ce pays de culture bien trop différente, barre le chemin de l’Azerbaïdjan avec la Turquie laissant un petit corridor insuffisant mais surtout cette Arménie avec sa culture tant différente fait tache dans la région, pourtant une culture millénaire. La Turquie en ces temps là ne s’y était pas trompé en faisant ce mémorable génocide qui n’a en réalité rien a envier a un autre. Pas étonnant l’aide militaire, surtout Turque à l’Azerbaïdjan mais le pétrole, surtout d’actualité.

  5. Le gaz azerbaïdjanais retire tout sens des valeurs de l’Europe face à l’Arménie qui paie au prix fort les désertions de cette Europe qui par ailleurs en fait plus qu’il en faut vis à vis de l’Ukraine jusqu’à nous entrainer dans une guerre mondiale et … nucléaire, cette fois. Poutine est peut-être un peu fou, les dirigeants occidentaux le sont tout autant.

  6. L’Azerbaïdjan est un pays qui a des liens commerciaux très forts avec Israël : premier fournisseur de pétrole, grand client en armes. Les USA soutiennent Israël sans faiblesse depuis le président Johnson. Donc s’en prendre à l »Azerbaïdjan, c’est attaquer un pays qui a des amis très influents en Europe. Si il y a un lobby azerbaïdjanais, il n’agit pas seul.

  7. Serions nous menés que par des corrompus? Il serait plus que temps que le rideau se déchire et que la vérité éclate afin de libérer les peuples.

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