Loi anti fast-fashion : la guerre qui pourrait coûter cher au luxe français
Et si l’enfer était parfois pavé de bonnes intentions ? La loi anti fast-fashion pourrait ainsi, en dépit de ses bonnes intentions, produire des effets pervers pour le pouvoir d’achat des ménages et causer quelques migraines au luxe français déjà sous pression.
Le torchon brûlerait-il, entre la France et la Chine ? L’adoption récente [loi promulguée le 8 juillet et malus entré en vigueur le 1er septembre, NDLR] par la France d’une loi contre « l’ultra fast-fashion » n’est en tout cas pas neutre et courrouce Pékin. Pour s’en convaincre, il suffit de s’attarder sur les déclarations récentes de Huang Ling, porte-parole du ministère du Commerce chinois, qui voit dans cette mesure une attaque directe « susceptible de fausser gravement la concurrence loyale ». La chose est d’ailleurs parfaitement entendue, du côté du gouvernement et de la majorité, certains parlementaires ayant déclaré que la loi visait explicitement les marketplaces chinoises comme Shein et Temu. Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la Transition écologique et ancien député Renaissance, ne s’en cache pas : « Seules les plates-formes extra-européennes de fast-fashion seront visées. En aucun cas ce texte ne doit mettre à mal ni l’emploi ni l’industrie française. »
Une taxe déguisée
Portée à l’origine par Christophe Béchu, le prédécesseur de Mathieu Lefèvre, la loi instaure, derrière son habillage environnemental, une forme de taxe déguisée visant d’abord le textile chinois à bas prix, dont le coût devrait être répercuté sur les consommateurs français. En 2026, le malus atteint ainsi 2 euros pour un tee-shirt, 9 euros pour un jean et 12 euros pour une veste, dans la limite de 50 % du prix hors taxe du produit. Concrètement, un vêtement vendu 10 euros peut donc voir son prix grimper jusqu’à 15 euros, soit une hausse de 50 %, particulièrement sensible pour les ménages qui se tournent vers ces plates-formes, précisément, en raison de leurs prix bas.
Le dispositif risque donc d’abord de renchérir l’habillement d’entrée de gamme tout en suscitant les inquiétudes d’une partie de la filière française et européenne – Kiabi, C&A, Petit Bateau, La Redoute ou encore la FEVAD ayant contesté ses modalités d’application. Ses bénéfices environnementaux restent, eux, difficiles à mesurer et son efficacité concrète à démontrer. Ce dispositif pourrait donc se retourner contre ses concepteurs. Mais il induit un autre danger que peu de politiques avaient vu. Si la France n’est pas dominante dans le textile d’entrée de gamme, elle a une spécialité fort rémunératrice qui comble une grande partie de son déficit extérieur : le luxe.
Un pari risqué
Le pari français apparaît d’autant plus risqué que le luxe demeure l’un des principaux remparts contre le déficit commercial du pays, avec plusieurs dizaines de milliards d’euros d’excédent chaque année. Or, Paris choisit de durcir le ton avec Pékin au moment précis où ses fleurons sont fragilisés sur un marché chinois longtemps essentiel à leur croissance. Au ralentissement de la consommation locale s’ajoute un climat moins accueillant pour certaines marques occidentales, avec des campagnes parfois hostiles sur les réseaux sociaux chinois, comme celle qui a récemment visé LVMH dans son conflit avec l’enseigne locale Molly Tea. Simple coïncidence ou premier symptôme d’un environnement devenu moins favorable aux intérêts français ?
Il serait hasardeux de trancher, mais le télescopage est saisissant : ce 11 septembre, Bernard Arnault est sorti pour la première fois depuis 2017 du classement Bloomberg des dix plus grandes fortunes mondiales. À vouloir taxer les produits chinois pour protéger certaines enseignes françaises, la France prend ainsi le risque d’ouvrir un rapport de force commercial avec un partenaire qui dispose, lui aussi, de moyens considérables pour toucher là où l’économie française est la plus forte.







































22 commentaires
Si une robe coûte 15 euros et que l’état français y rajoute 5 euros ( toujours ça de pris ) et que la dite robe me plait, je l’achète. Quel magasin en France me permet de m’offrir une robe à ce prix là ?
De plus, ça suffit de parler de mode à jeter ou de qualité inférieure : il y en a de très mignonnes qui se lavent très bien !!!!!
Et pour finir, on a le porte feuille que l’on peut. Alors arrêtez les jugements.
BV techno ?!!!
vous coyez vraiment que ceux qui s’achètent des tee shirst à 2 euros vont faire de l’ombre à VUITTON, CHANEL, HERMES et les autres…… ? leurs marchés, malheureusement, ce sont d’abord les arabes !!!! la chine ne l’est plus….