En plein cœur de l'été, au moment où les Français décrochent de l'actualité, le dernier Conseil des ministres a nommé Agnès Buzyn, ancien ministre de la Santé, conseiller maître à la Cour des comptes. Ce poste correspond à celui d'un magistrat de la Cour des comptes du grade supérieur. Dès son départ du ministère de la en février 2020, elle avait été nommée à un poste important à l'OMS. En janvier dernier, elle avait été promue chevalier de la Légion d’honneur. Une carrière qui n'en finit pas d'ajouter à un collier déjà bien pourvu les perles les plus prestigieuses.

Disons-le d'emblée : cela frôle l'indécence. On aurait aimé plus de discrétion, moins de hochets tintinnabulants. Agnès Buzyn est en effet mise en examen par la Cour de justice de la République pour « mise en danger de la vie d'autrui » dans le cadre d'une enquête sur la gestion de la crise sanitaire. On entend d'ici : tout mis en examen est présumé innocent. Si le principe doit être rappelé dès qu'il s'agit d'affaires du type Abad ou Coquerel, il n'a pas la même portée pour un ministre qui était officiellement en charge d'une crise dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle n'a été ni anticipée ni gérée au mieux, comme le confirmait le professeur Delfraissy, il a quelques jours, qui rappelait les mensonges du gouvernement sur les masques.

Cette nouvelle nomination est indécente car Agnès Buzyn, professeur de médecine, n'est pas issue de ce corps et n'a aucune compétence en matière de comptes publics. Certes, le statut de conseiller maître extraordinaire est fait pour cela : accueillir des compétences extérieures considérées par l'institution comme des « conseillers de haut luxe » (sic), comme le mentionne le projet de loi qui modifiait ce statut créé en 1976, modification qui a porté de dix à douze l'effectif de ces conseillers extraordinaires, et de quatre à cinq ans la durée de leur séjour. Donc, Buzyn fait partie de ces douze, et pour cinq ans ! Occupent, d'ordinaire, ces postes de hauts fonctionnaires (préfets, diplomates ou autres) issus majoritairement de l'Intérieur, de la Défense ou des Affaires étrangères. Rarement d'anciens ministres. On assiste donc, avec cette nomination de complaisance, au détournement d'un statut qui avait sa raison d'être.

Même BFM TV voit dans cette nomination une « récompense » pour un bon petit soldat de la Macronie et nous parle d'un traitement de 6.500 euros bruts.

Plusieurs personnalités de droite ont dénoncé cette nomination, comme Jean-Frédéric Poisson, Gilbert Collard ou Florian Philippot.

À la Cour des comptes, elle retrouvera Jean Castex. L'ancien Premier ministre, lui, est un ancien de la maison, où il a passé seize ans, comme le rappelle Capital. Rien à voir avec le scandale de la nomination d'Agnès Buzyn. devrait bénéficier d'un traitement de plus de 9.000 euros mensuels. Auquel il pourra ajouter les 3.000 euros nets de sa nouvelle fonction de président de l’Agence de financement des infrastructures de transports de France (AFITF), où il a été nommé par Emmanuel Macron en remplacement de Christophe Béchu, nouveau ministre de la Transition écologique. Et il a été autorisé par la HATVP (Haute autorité pour la transparence de la vie publique) à créer une micro-entreprise qui n'aura de micro que le nom puisque cela lui permettra de donner des conférences rémunérées et de participer à des séminaires d'entreprises ou des think tanks. Cerise sur le magot : la HATVP l'a aussi autorisé à exercer une mission de conseil salarié auprès du PDG de la SAS Idverde, une entreprise paysagiste qui se présente comme le leader européen de la création et de l’entretien d’espaces verts, d'après L’Indépendant : 1.500 euros de plus.

Si vous avez du mal avec vos fins de mois, avec le plein de la voiture, si vous ne savez pas comment vous allez vous chauffer (ou ne plus vous chauffer) cet hiver, si votre administration vous embête pour créer votre micro-entreprise et cumuler trois revenus de misère, allez lire la série de l'été inaugurée par Georges Michel sur le recasage des anciens ministres.

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30 juillet 2022

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