L'étude de l’ONU sur la population mondiale, qui vient d'être publiée, est édifiante. Elle démontre que, dans les pays développés, la migration est désormais le premier facteur de la croissance démographique. Dans une tribune du Monde, l'ancien diplomate Pierre Buhler en conclut que l'Europe doit « comprendre que l’immigration est la seule solution au dépeuplement et au déclin ».

Si la croissance démographique de l'humanité semble se ralentir, elle est très inégalement répartie. La France maintient peu ou prou l'équilibre, mais l’Allemagne et l’Italie sont nettement touchées par le vieillissement de la population : la première compense son déficit par l’immigration, la seconde se dépeuple un peu plus chaque année. Ne parlons pas de l'Europe de l'Est, où la situation démographique est catastrophique. En revanche, la population d'Afrique, notamment subsaharienne, se multiplie.

On comprend, dans ces conditions, que beaucoup de pays occidentaux voient dans l'immigration un moyen de pallier leur déficit démographique et que Pierre Buhler écrive que « ce rapport dessine des lignes de force durables que les politiques publiques doivent intégrer, qu’il s’agisse des objectifs du développement durable, de la lutte contre le dérèglement climatique ou des politiques d’immigration des pays développés ». Ce que l'on comprend moins, c'est que cette hypothèse soit considérée comme inéluctable, qu'il est naturel, en somme, de recourir, comme des vases communicants, aux populations immigrées.

Pour la plupart des pays européens, l'immigration est un moyen de disposer d'une main-d'œuvre bon marché pour faire tourner leur économie. On ne s'étonne guère que le Président Macron, dont on connaît les affinités avec la finance, ne s'inquiète pas du problème moral ainsi posé : l'argent n'a pas d'odeur et il ne faut pas s'embarrasser de tels scrupules quand l'essor de l'économie est le premier enjeu. Sans doute prétend-il, sous la pression de l'opinion, vouloir réguler l'immigration, mais c'est pour mieux l'adapter aux besoins.

Comme l'ONU, il considère l'immigration comme une richesse qui peut sauver les pays développés du déclin. Il écarte l'idée qu'elle puisse avoir des conséquences négatives sur l'avenir d'un pays. Il est vrai que, lors de sa première candidature, il avait déclaré à Lyon qu'« il n'y a pas une culture française, il y a une culture en France et elle est diverse ». Qui tient de tels propos est loin de vouloir défendre le patrimoine d'une civilisation millénaire. Macron n'est-il pas, finalement, en accord avec Mélenchon qui saluait, pendant sa campagne, la « créolisation » de la France ?

S'opposent ainsi deux conceptions de la civilisation. D'un côté, ceux qui pensent que la France n'a pas à rougir de son Histoire, qu'elle doit sauvegarder son identité et continuer de rayonner dans le monde. De l'autre, les mondialistes de tous poils, pour qui le terme de nation a une connotation péjorative et qui prônent l'ouverture des frontières à tout vent. D'un côté, ceux qui veulent aider les pays africains à se développer sur place, de l'autre ceux qui considèrent, comme le secrétaire général de l'ONU, que nous devons « célébrer notre diversité » et « reconnaître notre humanité commune ».

Vision à la fois utopique et intéressée qui conduit à la soumission devant les plus nombreux. C'est la survie de la civilisation occidentale qui est en train de se jouer. « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles », écrivait Paul Valéry en 1919, après la tragédie de la Première Guerre mondiale. Cette prophétie pourrait bien se réaliser sans qu'on n'ait rien fait pour essayer de l'éviter.

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30 juillet 2022

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