Philippe Bilger, tout en redisant son amitié à M. Bayrou et son soutien à M. Macron, “Président impeccable”, déplore la gestion des affaires par le Premier ministre et le gouvernement. Il met aussi en garde contre la passion de la moralisation qui risque de faire de la vie politique un “quadrillage étouffant” dans lequel plus personne, par peur d’une inquisition systématique, ne voudra venir.

Depuis hier, on voit Marielle de Sarnez en danger, on a évidemment vu Richard Ferrand, et maintenant c’est au tour de François Bayrou. Il est simplement mis en examen, mais le gouvernement avait annoncé que personne ne pouvait être ministrable s’il était mis en examen. On a vu que la mention “garde des Sceaux” avait disparu du compte de François Bayrou. Quel est votre regard sur toute cette affaire ?

Parlons net. J’ai de l’amitié pour François Bayrou, je connais Marielle de Sarnez, je ne connais pas Richard Ferrand, mais il est évident que la perception qu’a le citoyen Bilger, si j’ose dire, est très contrastée.

D’un côté, je trouve que paradoxalement, et pour une fois, nous avons un Président impeccable aussi bien sur le plan esthétique que politique, et notamment dans le domaine international.

De l’autre, nous avons un gouvernement, y compris le Premier ministre, qui, par rapport à ses dysfonctionnements et ses indélicatesses, sans qu’il s’agisse forcément d’infractions d’ailleurs, réagit d’une manière épouvantablement classique.
C’est-à-dire qu’au fond, j’aurais rêvé d’un président de la République qui aurait diffusé, par une sorte d’heureuse contagion, une manière totalement originale d’appréhender ces problèmes qui sont survenus extrêmement tôt. C’est clair!

Alors, concernant Richard Ferrand, je suis objectivement un petit peu étonné que deux parquets n’aient pas trouvé l’occasion juridique d’une qualification pénale, mais après tout, chacun fait comme il veut là-dessus.

Mais, surtout, ce qui me frappe, c’est le constat suivant.

Avec Nicolas Sarkozy, on avait eu des débuts présidentiels qui avaient complètement plombé la qualité du gouvernement.

Avec François Hollande, on avait un président de la République équivalent au gouvernement, pas brillant ni l’un ni l’autre.

Et avec , le paradoxe est que l’on a un président de la République pour l’instant remarquable et un gouvernement, alors, lui, qui n’est pas du tout à la hauteur dans la gestion par le Premier ministre.

Donc, on a trois situations complètement différentes.

Et alors plus largement, on parle énormément, ces temps-ci, de moralisation de la vie politique, de la vie publique.
Est-ce que vous n’avez pas peur que cela prenne le pas, finalement, sur le politique tout simplement, et que cela devienne un peu une chasse à l’homme permanente ?

Oui, mais tout cela a commencé avant. C’est cela le paradoxe.

À la fois, je suis tout à fait partisan d’une moralisation accrue de la vie publique avec, notamment, les excellentes recommandations d’un René Dosière.

En même temps, vous mettez le doigt sur quelque chose de fondamental.

Plus on rappellera l’exigence de moralité publique, plus il faudra faire attention à ne pas tout mettre sur le même plan et à ne pas mettre dans le même sac transgressif des choses dont la gravité n’est absolument pas comparable.

La difficulté est de tenir la tension entre l’exigence de moralité qui est fondamentale, mais en même temps, il ne s’agit pas de faire dans notre société, dans notre univers politique, un quadrillage étouffant qui fera que plus personne ne voudra venir dans l’univers politique. Cela serait alors forcément, un jour ou l’autre, une source d’inquisition très choquante.

31 mai 2017

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