Au printemps 2019 arrivait devant la le premier « contentieux climatique contre une entreprise » de notre histoire. Un collectif mené par l’ONG Sherpa (dirigée par Cécile Duflot) mettait Total en demeure de « prendre les mesures nécessaires pour prévenir les risques majeurs liés au changement climatique ».

Total n’ayant pas donné suite, le 28 janvier 2020, le collectif assignait alors le groupe en devant le tribunal judiciaire de Nanterre. L’un des têtes pensantes de Sherpa, Lucie Chatelain, « chargée de plaidoyer du pôle globalisation et droits humains », expliquait alors à Techniques de l’Ingénieur les fondements de la démarche : contraindre Total à « prendre des mesures d’identification des risques et de prévention des atteintes aux droits de l’homme et à l’environnement causées par ses activités ». Une première en France, donc.

La deuxième salve contre le groupe TotalEnergies prend la forme d’un article publié, ce mercredi, dans la revue Global Environmental Change. Signé de Christophe Bonneuil, directeur de recherche au CNRS, Pierre-Louis Choquet, sociologue à Sciences Po, et Benjamin Franta, chercheur en histoire à l’ américaine de Stanford, il accuse Total d’avoir eu « connaissance des conséquences néfastes de ses activités pour le dès 1971 mais [d’avoir] entretenu le doute pendant des années, cherchant ensuite à contrecarrer les efforts pour limiter le recours aux énergies fossiles ».

Ils ont, pour cela, fouillé les archives du groupe pétrolier, consulté les revues internes et interrogé d’anciens employés. Ils accusent également le groupe de s’être fait le complice de son rival Exxon, lequel, au milieu des années 1980, « via l’Association environnementale de l’industrie pétrolière (IPIECA), prend la tête d’une campagne internationale des groupes pétroliers pour « contester la science climatique et affaiblir les contrôles sur les énergies fossiles » », écrivent-ils.

Plus grave encore à leurs yeux, dans la décennie suivante, « l’industrie pétrolière française cesse de remettre en cause publiquement les sciences climatiques (sic), mais continue à augmenter ses investissements dans la production pétrolière et gazière », à insister sur « l’incertitude, minimisant l’urgence (climatique) et à détourner l’attention des énergies fossiles comme cause première du réchauffement » climatique mondial.

Enfin, vers le milieu des années 2000, le groupe « reconnaît la réalité du changement climatique et les conclusions du GIEC » ; il « commence à promouvoir une division des rôles entre la science et les affaires, où la science (resic) décrit le changement climatique et les entreprises prétendent le résoudre » et se lance dans « la transition énergétique ». Soit, pour les auteurs, une politique opportuniste et insincère.

Dans un communiqué à l’AFP, le groupe répond que « la connaissance qu’avait TotalEnergies du risque climatique n’était en rien différente de la connaissance émanant de publications scientifiques de l’époque [les années 70, NDLR] ». Argument non recevable pour les mêmes associations qui, maintenant, « exigent des décideurs publics de tenir la multinationale responsable et des institutions financières de cesser de la financer ».

Les pétroliers ne sont pas des saints ni des philanthropes, et Total n’échappe certes pas à la règle. Toutefois, il y a dans cet article accusateur un angle de vue pour le moins partisan. Comme si, pour les auteurs, la politique du groupe pétrolier avait été déconnectée des exigences économiques du pays ; comme si la manne pétrolière n’avait pas alors été l’un des moteurs de nos Trente Glorieuses. Surtout, on y décèle la totale dévotion au GIEC et à sa « science climatique », un dogme auquel chacun est aujourd’hui tenu de souscrire tout comme il faut souscrire aux visions apocalyptiques qu’il répand. Sommes-nous ici dans l’écologie ou dans la volonté purement idéologique de couler l’une des dernières grandes entreprises françaises ?

 

21 octobre 2021

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