Après Juppé et Borloo, il ne manquait plus que lui, dans le dispositif macronien de l’automne : François Bayrou. Sorti de sa pénitence d’une saison pour une délicate affaire d’emplois fictifs pesant sur son parti, il revient dans une interview tonitruante au Parisien, au sujet de « l’affaire » (Ramadan), qui lui permet de donner toute la mesure et du catholique et de l’agrégé de lettres. Qu’il fut.

Il se place d’emblée “au-dessus de la mêlée”. Mais pas de la seule façon qui aurait convenu, celle de notre confrère Nicolas Gauthier renvoyant dos à dos gauche extrême et extrême gauche. Non, M. Bayrou a choisi le mauvais angle, celui de la et de l’islam, dont il est un expert patenté, comme chacun sait. Et, comme toujours quand on choisit un mauvais angle, il s’y pique, s’y cogne et vise mal.

Cette violence [du débat MediapartCharlie] est un symptôme : c’est le malaise exaspéré d’une partie de la société française, y compris dans les milieux intellectuels, à l’égard de l’islam. Or, la définition même de la laïcité fait que ce malaise ne devrait pas exister.

On aime particulièrement cette dernière phrase, son « or », son intellectualisme et son conditionnel. Un irréel du présent ? Un potentiel ? Car oui, ce malaise ne devrait pas exister, et pourtant il existe. C’est même un très très gros malaise… Et ni la laïcité ni sa définition n’y peuvent rien… À moins qu’elles ne l’accroissent…

Continuons la docte démonstration.

Bien que de convictions religieuses différentes, ou sans conviction religieuse, nous appartenons à la même société. Cette séparation entre la conviction religieuse et notre situation de concitoyens est fondamentale. Elle signifie que personne ne peut forcer l’autre à suivre sa propre loi religieuse ou philosophique ! […] Autrement, il n’y aura au bout du chemin que la guerre de religion, les attentats, la haine et l’horreur.

Ici encore, même ébahissement devant l’emploi des temps dans la dernière phrase. “Les attentats, la haine, l’horreur”, pour M. Bayrou, c’est de l’“il y aura”. Du futur. Quelqu’un pourrait-il décongeler notre Hibernatus ? Lui dire que tout cela, c’est déjà du passé récent, et du présent… Notre professeur de lettres ne maîtrise plus les valeurs des temps…

Et, enfin, dernier volet, attendu, de la démonstration. « Pas d’amalgame ! »

Mais contaminer le débat sur l’ au nom de l’islamisme, le débat sur la religion du plus grand nombre au nom de l’extrémisme religieux, je ne le partage pas. De même que ni le christianisme ni le judaïsme ne se définissent par les pratiques les plus intégristes et les plus agressives.

Pas d’amalgame entre et islamisme. Mais gros amalgame entre islamisme et intégrismes juif et catholique ! On appréciera tout particulièrement le choix du verbe “contaminer”… Ce catéchisme que plus personne n’ose aujourd’hui débiter, pas même un catholique de gauche, M. Bayrou, lui, le récite encore. M. Bayrou est un catholique comme on n’en fait plus. Dieu merci !

Qu’a-t-il donc fait durant sa traversée du désert pour en arriver à ce stade suprême d’aveuglement ? Une petite idée : il a dû lire Soumission, de Houellebecq. L’Histoire retiendra qu’en novembre 2017, François Bayrou s’identifia totalement à François Bayrou. Puissance de la fiction…

18 novembre 2017

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.