Editoriaux - 25 juillet 2018

Affaire Benalla : Un cirque de dingue

Une ténébreuse affaire ? Un cirque ? C’était un gentil garçon, Rambo : fougueux, réactif, disponible, efficace, tellement apprécié de tous, à l’Élysée, qu’à peine interdit de fonction, on « internalisait » ses talents pour une autre mission. De là son intervention musclée sur une jeune femme et un jeune gars, un jour de premier mai.

L’avocat du présumé coupable a parlé. Ce qu’a fait son client n’est pas un délit, ce serait plutôt une bonne action. Tant de gens se comportent dans le métro de manière si égoïste que cela vaudrait même une récompense, son intervention. De fait, notre Rambo a voulu aider, maladroitement peut-être, avec la fougue de la jeunesse, mais il a voulu aider. Et il est stupéfait de l’écho médiatique donné à cette histoire : c’est vrai, ça, c’est dingue !

La vérité sort toujours de la bouche de Schiappa, véritable moulin à paroles. Le silence du Président ? Macron n’avait pas à parler, ou alors en son temps. Car il est “le maître des horloges”. Surtout, il n’y a pas d’« affaire Macron ». C’est qu’on travaille dur, en ce moment, à l’Assemblée. Pas le temps d’avoir les yeux fixés sur Benalla ! Pour preuve, une loi fraîchement sortie contre les violences sexistes et les caméras cachées sous les jupes des dames. Il n’y a donc pas d’« affaire Macron. » Qu’on se le dise ! D’ailleurs, dans le village où habite la sœur de Marlène, croyez que l’affaire Benalla ne défraie pas la chronique sur la place du marché. La vérité vraie est que la verticalité du pouvoir rétablie par Macron par son élection a fait des jaloux. Marlène, si elle n’existait pas, il faudrait l’inventer.

Lui, personne ne l’attendait comme ça, et surtout là : hier soir, à la brune, à la Maison de l’Amérique latine, à l’improviste, sans presse, au débotté, mais non sans ses godillots. Il est si singulier, si plein d’humour, notre Président, si imprévisible, avait dit Marlène. Mais là, il était remonté ! Nous ne sommes pas dans une République des fusibles, a-t-il martelé. (Elle fait long feu, cette phrase, depuis quelque temps.) Ni dans une République de la haine. Et le Président de viser, dans le crépitement des applaudissements, d’un poing accusateur, les coupables, nous, forcément, et les médias, un surtout, celui qui a balancé cette affaire dans la presse alors même qu’il n’y avait pas de vagues. Décidément, on est entouré de traîtres, dans ce pays ! Et puis vint la phrase sacrificielle : le seul coupable, c’est moi. “S’ils veulent un responsable, il est devant vous, le seul responsable, c’est moi et moi seul.” Avec le bouquet final : “Qu’ils viennent me chercher !” Et la cour d’applaudir. Quelle classe !

Il n’y a donc pas d’affaire d’État malgré la commission parlementaire et le procureur de Paris qui a été saisi. Il faut se rendre à l’évidence : la France est jalouse de Macron. Voilà, c’est tout bête.

Décidément, le Président, même dans une circonstance grave, peine à s’adresser au peuple de France, les yeux dans les yeux. Ne parlons plus de Jupiter ni de Bonaparte au pont d’Arcole. Hier, le Président fut un chef de parti sans panache.

À lire aussi

La maison France

Aucun pédagogiste n’a le droit de confisquer une langue : il faut apprendre aux élèves tou…