Discours - Editoriaux - International - Santé - 23 décembre 2017

À l’aube de 2018, Trump continue le grand écart entre populisme et conservatisme. Et ça lui réussit bien !

Dans les minutes suivant le vote de la loi sur la réforme fiscale, plusieurs entreprises majeures (Boeing, Comcast, AT&T, Wells Fargo…) ont annoncé une distribution de primes de Noël, voire une augmentation du salaire minimum, ou encore des programmes lourds d’investissement et de formation. Et la porte-parole de la Maison-Blanche de relever que Trump a ainsi accordé un « Christmas bonus » aux salariés de la chaîne NBC (filiale de Comcast) comme à ceux de CNN (filiale d’AT&T). Symbolique…

Dans la foulée, le Congrès a voté (avec l’appui d’élus démocrates qui ont besoin de Trump pour survivre) un texte assurant le budget des affaires courantes de l’État jusqu’en janvier 2018. Car il est maintenant question de réformer l’État.

La loi fiscale va, par exemple, permettre le rapatriement de plusieurs milliers de milliards de capitaux américains à un taux préférentiel. Par ailleurs, elle annule les taxes levées par Obama sur les citoyens américains qui avaient choisi de ne pas souscrire à une assurance santé, ce qui réinjecte plus de mille milliards de dollars dans l’économie, mais qui de facto détruit le système Obamacare…

La réforme fiscale est particulièrement machiavélique sur un point : elle pénalise les citoyens des États « clientélistes » qui n’ont pas voté Trump. Ces États distributeurs de pain et de jeux, champions des dépenses somptuaires et « sociales », protecteurs de l’immigration illégale, où Hillary a dégagé un surplus inutile de votes, sont principalement les États côtiers (Californie, New York, New Jersey). Jusqu’ici, les contribuables de ces États pouvaient déduire leurs impôts locaux de l’impôt fédéral. Autant d’incitations à la gabegie… Ce n’est maintenant plus possible, car la déduction est savamment plafonnée, permettant à ceux qui vivent dans les États frugaux de déduire leurs impôts locaux tout en jouissant pleinement des diminutions d’impôt fédéral, tandis que les contribuables des États à impôt élevé seront pénalisés. C’est un coup de massue qui est donc assené sur les politiciens de ces États, souvent donneurs de leçons, qui perdent derechef la subvention indirectement accordée jusqu’ici par le budget fédéral. Cette loi fiscale vise donc les élus irresponsables et casse les féodalités.

Présenté comme incohérente, l’administration Trump a de la suite dans les idées : le lancement d’un vaste programme d’infrastructure, la réforme des « dépenses budgétaires obligatoires » (personne n’a eu le courage de s’y atteler) et le remplacement de l’Obamacare sont les prochaines étapes d’un plan susceptible d’élargir la coalition Trump en 2018.

Et tout ceci de converger sur le sujet princeps : la Sécurité nationale, qui, pour Trump, dépend de la puissance économique. Dans son discours du 18 décembre, il a présenté un plan « nationaliste » à la Theodore Roosevelt, présentant la Chine et la Russie comme des « rivaux » à l’égard desquels l’arme économique doit se déployer, n’exprimant aucune tolérance à l’égard des clubs internationaux. Il a rappelé son désir de coopérer avec la Russie sur le terrorisme comme sur la question coréenne. Pour le reste, il s’aligne sur les néocons (allant jusqu’à livrer des armes offensives à l’Ukraine)

Ainsi, à l’aube de 2018, Trump continue avec succès de faire le grand écart entre populisme et conservatisme. D’où va venir l’attaque, maintenant qu’on a moins besoin de lui ?

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