LFI : comment transformer un dossier embarrassant en joli récit militant

Du détenu soupçonné de terrorisme au « militant », LFI sait décidément soigner ses personnages.
@AN2303/Wikimedia commons
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Tout commence avec un prénom : Ali. Le 25 mai dernier, les députés LFI Rima Hassan, Thomas Portes et Gabrielle Cathala se rendent en prison pour rencontrer un détenu palestinien présenté par LFI comme un réfugié incarcéré depuis deux ans sur la seule base d’informations transmises par Israël. Dans la communication militante, le personnage est soigneusement installé : un Palestinien, un réfugié, un détenu dont la situation serait avant tout celle d’une injustice.

Puis le décor change. Le 11 septembre, le JDD révèle son identité : Ali Alaraj, également connu sous le nom d’Abou Amir. L’homme est mis en examen en France sous trois qualifications terroristes, dont « association de malfaiteurs terroriste » et « complicité de tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste ». Il reste présumé innocent, mais le dossier judiciaire n’a manifestement pas la simplicité du récit diffusé par LFI. Ce qui frappe n’est pas seulement ce qui est dit. C’est ce qui n’est pas dit.

Ce silence prend un relief particulier lorsqu’on regarde le rapport de LFI au terrorisme. En novembre 2024, ses députés ont proposé d’abroger le délit d’apologie du terrorisme du Code pénal. Une position qui prend une tout autre résonance lorsqu’elle est rapprochée des visites en prison et des soutiens accordés à des figures liées à des organisations terroristes. D’un côté, LFI veut desserrer l’étau juridique ; de l’autre, ses élus vont défendre ceux que la Justice place dans le champ du terrorisme. Le rapprochement nourrit une accusation de complaisance que les Insoumis ont eux-mêmes contribué à rendre difficile à écarter.

Changer les mots, changer l’histoire

Et c’est là que l’affaire devient révélatrice. Lorsqu’un fait embarrassant ne peut pas être supprimé, il reste toujours possible de changer la manière de le raconter. Georges Ibrahim Abdallah en donne une illustration. LFI ne cache pas sa condamnation à perpétuité pour complicité d’assassinats. Elle la mentionne dans ses propres communiqués. Mais dans le récit politique, le condamné devient d’abord un « militant communiste libanais », un « prisonnier politique », un défenseur de la cause palestinienne. En 2025, sa libération est même saluée comme une « victoire éclatante du mouvement anticolonial ».

Avec Ali, le fait judiciaire disparaît du récit. Avec Abdallah, il reste là, mais le vocabulaire change la focale. Le premier est un détenu présenté comme victime d’une accusation israélienne ; le second devient une figure de l’anticolonialisme. Deux procédés différents pour parvenir à une même opération : faire passer le personnage politique avant le dossier.

Le héros plutôt que le dossier

Mariam Abou Daqqa permet d’aller encore un cran plus loin. En 2023, son invitation à l’Assemblée nationale par la députée LFI Ersilia Soudais autour de la projection de Yallah Gaza donne lieu à une présentation sous les traits d’une militante palestinienne, notamment engagée sur les questions féministes. Le Conseil d’État rappellera pourtant qu’elle est une dirigeante du Front populaire de libération de la Palestine, le FPLP, organisation inscrite sur la liste européenne des organisations terroristes.

Là encore, le problème n’est pas nécessairement le mensonge frontal. C’est le choix du personnage. On peut dire « militante palestinienne » sans dire immédiatement « dirigeante du FPLP ». On peut parler du « prisonnier politique » avant de parler du condamné. On peut présenter un détenu comme un réfugié sans commencer par les qualifications terroristes qui pèsent sur lui.

Le procédé finit par devenir plus visible que les affaires elles-mêmes : sélectionner, hiérarchiser, euphémiser. Donner au public les éléments qui construisent le héros et reléguer ceux qui compliquent le récit. Et cette mécanique ne s’arrête pas aux figures liées à la cause palestinienne. Dans l’affaire Adama Traoré, LFI a également transformé un dossier judiciaire et médical complexe en symbole politique beaucoup plus univoque, jusqu’à marteler que « la police tue ». Les expertises contradictoires et les débats judiciaires deviennent alors secondaires face à une formule qui tient en trois mots.

Quand le réel dépasse du cadre

Le réel n’est donc pas supprimé. Il est trié. Un fait disparaît, un autre est rebaptisé, un troisième est relégué en arrière-plan. À la fin, le dossier existe toujours, mais le lecteur rencontre d’abord le personnage que la communication politique a choisi de construire. Le détenu devient « militant ». Le terroriste devient « anticolonialiste ». La dirigeante du FPLP devient « militante palestinienne ». Une affaire complexe devient un symbole. Chez LFI, le réel ne disparaît pas. Il est recadré.

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

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