Editoriaux - Histoire - 5 juin 2019

75e anniversaire de la Libération : « Ces héros obscurs, plus grands parfois que les héros illustres »

Emmanuel Macron a cru innover, hier, lors des commémorations du Débarquement à Portsmouth en lisant la lettre d’adieu d’un jeune élève de seconde de Besançon, Henri Fertet, qui n’avait que 16 ans lorsqu’il a été fusillé par les Allemands pour faits de résistance.

En fait, il n’a fait que plagier Nicolas Sarkozy qui avait inauguré sa première journée de présidence, le 16 mai 2007, en rendant hommage à un jeune résistant communiste, Guy Môquet, fusillé le 22 octobre 1941 à l’âge de 17 ans et demi. La lettre bouleversante qu’il écrivit à ses parents avant de mourir devait être lue, selon le souhait du Président, au début de chaque année scolaire, dans tous les lycées de France et de Navarre. Cette première décision tonitruante du « résident de la République » resta, si j’ose dire, lettre morte dès l’année suivante, puis enterrée définitivement en 2009 par une note de service à destination de l’Éducation nationale précisant que la lecture de ladite lettre n’était plus obligatoire mais facultative…

Voilà encore une bonne idée que l’on a abandonnée et qui mériterait, dans chaque région, d’être reprise à l’occasion de cette année du 75e anniversaire de la Libération où l’on rendra hommage surtout – et à juste titre – aux vétérans encore survivants des deux côtés de la Manche. Aussi, pour renouer avec l’initiative sarkozyenne renvoyée aux calendes grecques, je me permets, connaissant bien cette période de l’Histoire alsacienne, de suggérer à Monsieur le Recteur d’Académie – en ce qui concerne ma région – de faire parrainer par chaque lycéen ou collégien un jeune héros de la Résistance alsacienne à l’annexion nazie. Les héros alsaciens ne manquent pas, qu’ils soient célèbres ou anonymes, et le rappel de leur mémoire permettrait à nos chères têtes blondes de recréer peut-être une forme de fierté à l’égard de leurs glorieux anciens.

L’idée n’est pas nouvelle : les Scouts de France, en Alsace, l’avaient mis en œuvre dès le lendemain de la Libération en donnant à leur groupe de scouts et de guides le nom d’un jeune héros de la résistance alsacienne. Leur mémoire était présente avec leurs noms sur l’insigne que nous portions sur nos uniformes kaki – quand le scoutisme était encore fidèle aux valeurs de Baden-Powell – et que nos chefs et cheftaines nous emmenaient en pèlerinage, à chaque rentrée scolaire, au square des Fusillés à Strasbourg, pour nous recueillir devant une stèle où sont gravés six noms de la jeune Résistance alsacienne fusillés à cet endroit par les Allemands, le 15 juillet 1943. Parmi eux se trouvaient de brillants élèves, sortis du collège épiscopal Saint-Étienne à la veille de la guerre, et membres fondateurs du Front de la jeunesse alsacienne, jurant sur le crucifix et le drapeau tricolore de refuser l’incorporation de force dans la Wehrmacht de l’armée allemande.

On pourrait aussi évoquer la mémoire du jeune socialiste alsacien, Julius Leber, originaire de Biesheim, dans le Haut-Rhin, fusillé par les nazis le 5 janvier 1945 à Berlin-Plötzensee pour avoir participé à l’attentat, hélas manqué, du comte von Stauffenberg contre Hitler. Ou encore celle de ces jeunes royalistes alsaciens, Camelots du roi, Paul Dungler, de Thann, et son camarade Paul Armbruster, journaliste à L’Action française, auxquels on doit la réussite de l’évasion du général Giraud, que les Allemands avaient capturé et interné dans la forteresse de Königstein, près de Dresden. La liste est longue, Monsieur le Recteur, œcuménique sur le plan politique, et les héros alsaciens – chacun selon sa sensibilité – ne manquent pas dans notre Histoire tourmentée. Encore faut-il rappeler leur mémoire, celle de ces « héros obscurs, plus grands parfois que les héros illustres », comme dirait Victor Hugo !

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