L’Assemblée nationale et le Sénat ne parviennent pas à se mettre d’accord sur les modalités de reconstruction de Notre-Dame de Paris. Faut-il respecter à tout prix la parole présidentielle de rebâtir en cinq ans ? Quid de la mise à l’écart du diocèse de Paris dans l’affaire ?

Réponses d’Alain Schmitz, sénateur des Yvelines, au micro de Boulevard Voltaire.

Hier s’est tenue une commission d’entente entre les deux chambres pour se mettre d’accord sur la reconstruction de Notre-Dame de Paris. Pourquoi les deux chambres ne parviennent-elles pas à se mettre d’accord ?

La réponse est simple. Le Sénat a souhaité supprimer l’article 9 par lequel le gouvernement s’exonérait et s’affranchissait de toutes les règles concernant le Code du patrimoine, de l’urbanisme, de l’environnement et des marchés publics. La suppression de l’article 9 était une mesure essentielle pour nous. L’Assemblée nationale ne tenait absolument pas à revenir sur le vote de l’article 9. Nous savions déjà à l’avance que la commission mixte paritaire ne pourrait pas être conclusive.
C’était le cas, hier, puisque nous avons pris acte de nos désaccords.


Le soir de l’incendie, sur le coup de l’émotion, Emmanuel Macron avait déclaré qu’il voulait reconstruire Notre-Dame de Paris en cinq ans.
Le président s’est-il avancé trop vite ?
Le moment ne serait-il pas davantage à la réflexion plutôt qu’à la précipitation ?

Les cinq ans ne sont pas un problème. Son annonce sous le coup de l’émotion était légitime. Le président de la République a montré que chacun souhaitait, lui le premier, s’engager fortement et rapidement pour la restauration de l’édifice. L’architecte en chef des monuments historiques, Philippe Villeneuve a dit qu’en l’état actuel, il est possible d’achever la restauration de la charpente et des voûtes dans un délai de cinq ans, même si le diagnostic n’est pas encore réalisé.
Cela ne veut pas dire pour autant que la restauration de l’édifice sera achevée. Cela n’est pas un problème.
L’État n’avait pas besoin d’une loi d’exception. La législation actuelle permettait de mener à bon escient les travaux sous la conduite du ministère de la Culture.

Comment expliquez-vous que le gouvernement ait recherché le rejet de nombreuses règles de droit commun dans le cadre de ces travaux ?

C’est inexplicable. C’était la volonté d’aller vite. Or, on sait très bien que rapidité dans l’exécution ne veut pas dire précipitation. Nous partons du principe que ce chantier sera regardé à la loupe par tous les défenseurs du patrimoine autant français qu’étranger, ne serait-ce qu’en raison de son classement au patrimoine mondial de l’UNESCO. Par conséquent, il s’agit d’être exemplaire tout au long des phases de restauration de l’édifice. Il n’y a aucune raison, de la part de l’État, d’aller vite si ce n’est pour le respect de la parole et de l’engagement présidentiel.

Certaines voix s’élèvent pour dénoncer la mise à l’écart du diocèse de Paris dans les projets de reconstruction de la cathédrale. Cela vous paraît-il normal ?

Cela ne me paraît pas normal. J’ai d’ailleurs tenu à auditionner le diocèse de Paris, qui est l’affectataire. À titre personnel, je souhaite que le diocèse puisse réintégrer le plus vite possible non pas toute la cathédrale, mais une partie, dès que les premiers travaux pourront être engagés. Il n’y a pas de contestation de notre part.
Au sein de l’établissement public administratif, nous avons simplement souhaité présenter au premier rang le diocèse de Paris, la ville de Paris et le Centre des monuments nationaux puisque c’est lui qui gère la crypte, les tours et les quelques manifestations culturelles qui se déroulent à l’intérieur de l’édifice.
Nous avons tenu à ce que le diocèse trouve toute sa place au sein de l’établissement public, comme il l’est d’ores et déjà aujourd’hui.

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