50 ans de la disparition de Pompidou : la santé du Président devient un objet politique

©https://www.wikidata.org/wiki/Q114643331
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Le soir du 2 avril 1974, les téléspectateurs sont interrompus dans leur programme coutumier, les très prisés Dossiers de l'écran, par une triste nouvelle communiquée par la voix du journaliste Philippe Harrouard : « Un communiqué du secrétariat général de la présidence de la République vient de signaler que Monsieur Georges Pompidou était décédé à 21 heures. »

C’est le désarroi et la stupeur dans le cœur de tous les Français. Aucun n’aurait pu prédire cette issue, malgré les récentes sorties du président de la République : celui-ci apparaissait amoindri physiquement par la leucémie qui le rongeait. La mort de Pompidou va marquer un tournant dans la communication politique sur la santé du Président. Désormais, ses successeurs partageront plus ou moins leurs bilans médicaux, pour plus de clarté sur leur capacité à gouverner, mais aussi pour en faire des arguments électoraux.

Valéry Giscard d’Estaing, le Président jeune et dynamique

Ainsi, après la mort de son prédécesseur, Valéry Giscard d’Estaing a compris qu’il fallait rassurer les Français sur ce plan. Il va incarner une rupture avec Pompidou en présentant à tous sa jeunesse, sa bonne santé et sa bonne forme physique. Nul contemporain n'a oublié les reportages filmés et les photos du président de la République jouant au football, voire en simple maillot de bain, notamment lors de ses vacances au fort de Brégançon. Qui aurait pu penser, dix ans plus tôt, sous le général de Gaulle, qu’un président de la République en passerait par là ?

François Mitterrand, un malade et un père secret

De la même génération que Pompidou, François Mitterrand a du mal, avec cette nouvelle injonction médiatique : l’étalage de sa vie privée et de sa santé n'est pas dans sa culture. Mais voilà, que cela concerne sa maladie ou sa fille Mazarine, les Français acceptent difficilement la part de secret du Président. Ainsi, en décembre 1981, la journaliste Michèle Cotta demande directement à Mitterrand comment il va. Ce dernier répond simplement qu’à part un mal de dos, il se porte bien. Mais il a compris le sous-entendu de la question et assure que son état de santé ne l’empêchera pas de gouverner la France.

Un mois plus tôt, il avait appris qu'il était atteint d’un cancer de la prostate. Seuls quelques intimes étaient au courant, dont Jacques Attali : François Mitterrand poursuivra sa mission politique jusqu’à ce que son aspect physique ne manifeste de lui-même au public la vérité. Il se résout alors, face à la pression, à avouer aux Français sa paternité et sa maladie. Une maladie qu'il décrit comme « un combat à mener contre soi-même ». Le 31 décembre 1994, pour ses derniers vœux, son allocution ressemble à un ultime adieu : « L’an prochain, ce sera mon successeur qui vous exprimera ses vœux. Là où je serai, je l’écouterai le cœur plein de reconnaissance pour le peuple français qui m’aura confié son destin et plein d’espoir en vous. Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas. »

Nicolas Sarkozy et François Hollande, le physique en avant !

Nicolas Sarkozy jouera, lui aussi, largement de l'image d'un Président sportif, amateur de course à pied. À Brégançon, au Cap Nègre ou dans sa résidence de la Lanterne à Versailles, il chaussera ses chaussures de course pour aller faire son footing, sous le regard de ses gardes du corps et des badauds amusés.

Conscient que le physique compte désormais en politique, François Hollande ne prépare pas seulement un programme politique pour sa campagne présidentielle de 2012, il suit aussi un programme... diététique. Celui-ci fonctionne si bien qu’il perd 17 kilos, selon Pierre Dukan, qui conseille le Président socialiste sur son régime. Malheureusement pour le nutritionniste, son patient ne résistera pas aux petits plats des cuisines de l’Élysée, au point de se voir attribuer par ses adversaires le sobriquet de « Flanby ».

Ainsi, nos derniers présidents de la République ont montré que la vérité sur leur santé est devenue un critère obligatoire pour devenir le nouveau locataire de l’Élysée. Emmanuel Macron n'a pas hésité à lancer sur les réseaux sociaux, tout récemment, via sa photographe attitrée Soazig de La Moissonnière, des photos de muscles insoupçonnés, dignes d'un Vladimir Poutine adepte du culturisme. Cette recherche d’une perfection sanitaire et sportive accompagne une volonté de rajeunir la classe politique, d’Emmanuel Macron, plus jeune Président élu, à Gabriel Attal, plus jeune Premier ministre de la Ve République (mais pas de l’Histoire de France).

La jeunesse et la forme physique, cependant, ne suffisent pas au redressement national : le match Pompidou-Macron en témoigne.

Eric de Mascureau
Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

12 commentaires

  1. Sans compter le casier judiciaire vierge pour tout candidat à des fonctions électives ! Sans oublier l’obligation de démissionner en cas de condamnation pénale dont le niveau sera à déterminer.
    A l’ Elysée on devra installer une… porte à tambour.

  2. Il faut instaurer l’obligation de faire un bilan de santé mentale avant chaque élection et ceci pour tous ceux qui se présentent à une élection présidentielle ou autre.

  3. Oui la France était à cette époque un beau pays où il faisait bon vivre et en sécurité. Nous avions à tête du pays des hommes courageux et qui passaient à l’acte pas comme maintenant et ne jouaient pas aux petits soldats et ne faisaient pas de discours plein de théories

  4. Pourquoi seulement leur capacité PHYSIQUE à gouverner ? Je crois que la capacité MENTALE est tout aussi, voire bien plus, importante, non ? Certains drames, des millions de morts, auraient pu être évités si chaque candidat à gouverner était obligé de subir une expertise psychiatrique …

    • Vous avez parfaitement raison. Concernant notre petit nerveux au culotte courte, il mérite d’être interné et cela d’urgence.

  5. on sait que les bulletins de santé des présidents sont tronqués depuis Mitterrand , aujourd’hui on devrait bien se soucier de la santé mentale des présidents et en particulier de celui qui aujourd’hui se prend pour Napoléon !

  6. Depuis que Mitterand à diriger ce pays tout s’est dégradé , c’est lui qui a ouvert les portes à toutes les dérives , qui s’est octroyé des privilèges et des droits indécents et indignes d’un homme d’état et les autres ont continué et le dernier bat tous les records .

    • Mitterrand n’a pas introduit la Mafia dans les sphères du pouvoir, il l’a simplement confortée en se mettant sous sa protection. Avec un bénéfice immédiat : l’élimination physique de tout contestataire (J H Hallier et Coluche entre autres). Quant au prix à payer, on n’a pas fini de solder la dette et il y a peu de chances qu’on s’en débarrasse un jour.

  7. Quant à la santé et la ou les capacités à diriger le pays , feu Mitterrand a fait preuve d’une malhonnêteté extraordinaire au point de contraindre son médecin perso a mentir pour chaque bulletin , au-delà de ceci ,le même Mitterrand a eu les capacités de détruire la France ; au-delà de ceci certaines disparitions , tout sauf naturelles ,l’imagination de ceux qui ont vécu ce règne peut encore vagabonder ,puisse-t-il en déplaire à certains

  8. Le « jeunisme » ne date pas d’hier, mais risque de prendre du plomb dans l’aile avec l’apparition de Marion Maréchal et de Jordan Bardella peu conformes à la bien-pensance imposée…L’importe progression de la « drouate » au sein de la jeunesse devrait inquiéter les bobos. Elle est notre espoir.

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