Après la bataille de Bazeilles, certains tentent, non sans panache, de se libérer. C’est le cas de Gaston de Gallifet (1831-1909), nommé général de brigade le 30 août. Commandant le 3e régiment de chasseurs d’Afrique (3e RCA), il entraîne ses troupes à cheval à travers des reliefs escarpés de Floing, au nord de Sedan, sous le feu roulant de l’ennemi, appuyé par le 1er RCA.

La première charge est un échec. Le 3e RCA a déjà perdu le tiers de ses effectifs. Une seconde charge, menée par le 1er RCA, avec le 3e RCA en appui, se solde en fin de journée par une nouvelle défaite tout aussi cuisante. Le roi de Prusse, Guillaume Ier (1797-1888), qui observe la bataille à la lorgnette, s’écrie : « Oh les braves gens ! » Mais c’est un massacre. À la fin de la journée, le 3e RCA a perdu 248 hommes (dont 17 officiers) sur 476, le 1er RCA a vu disparaître 223 hommes (dont 15 officiers) sur 4331. Sedan est encerclé.

Or, dans l’imaginaire français, cette ville est imprenable. Elle est associée à Vauban, et à Turenne qu’elle a vu naître… III passe la journée au milieu de ses hommes, s’exposant volontairement aux points les plus chauds du combat. Manifestement, il cherche la mort, « une fin shakespearienne digne de son extraordinaire destin », comme l’écrit le professeur Éric Anceau2. Napoléon III, qui ne veut plus de morts inutiles, décide de hisser le drapeau blanc. La mort dans l’âme. L’empereur avait pris la tête des armées, le 19 juillet. Mais rongé par la maladie de la pierre, il était déjà physiquement et techniquement incapable de diriger la manœuvre. Ce 2 septembre, il devient alors le spectateur impuissant de sa propre déroute. « Monsieur mon frère, n’ayant pu mourir à la tête de mes troupes, il ne me reste qu’à remettre mon épée entre les mains de Votre Majesté », écrit Napoléon III, le soir du 1er septembre, au roi de Prusse Guillaume de Hohenzollern.

Ce dernier est surpris que l’empereur des Français soit encore à Sedan. Quelle aubaine, car un souverain prisonnier de l’ennemi a peu de latitude pour négocier… Pas moins de 84.000 soldats retranchés dans la citadelle sont faits prisonniers. Napoléon III envoie un simple télégramme à l’impératrice Eugénie : « Grand désastre, l’armée est défaite et captive, moi-même je suis prisonnier. »

C’est la quatrième fois, dans l’Histoire de France, qu’un souverain est capturé sur un champ de bataille : Louis IX par les Mamelouks à El Mansourah, en Égypte, le 8 février 1250 ; le roi Jean II le Bon (ou le Brave), capturé par les Anglais à Poitiers, le 19 septembre 1356, et François Ier, capturé par l’empereur Charles Quint à Pavie, près de Milan, le 24 février 1525.

Ce désastre signe l’échec de la guerre engagée à la légère par les Français six semaines plus tôt. La capitulation est signée le 2 septembre 1870 par le général Félix de Wimpffen (1811-1888) au château de Bellevue, près de Sedan. Le 3 septembre 1870, la capitulation de Sedan est connue à Paris. Le lendemain 4 septembre, après l’invasion du palais Bourbon par la foule, l’impératrice quitte la capitale sans abdiquer. Le général Louis Trochu (1815-1896), un orléaniste nommé gouverneur de la capitale par Napoléon III trois semaines plus tôt, prend la tête d’un « gouvernement de la Défense nationale » après que, à l’hôtel de ville, Gambetta a proclamé la République. Le dimanche 4 septembre, les députés français entérinent la République. Le Second Empire n’est plus.

[1] Le 4e RCA, le 1er régiment de hussards et le 6e régiment de chasseurs ont aussi participé à cette bataille de Floing et perdu, peu ou prou, la moitié de leurs effectifs.
[2] Anceau Éric, Napoléon III, Tallandier, juin 2020.

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