7 mai 2018

Vive Jeanne, vive la France ! (Et en chantant, s’il vous plaît.)

« Sonnez fanfares triomphales, Tonnez canon, battez tambours ! Et vous, cloches des cathédrales, ébranlez-vous comme au grand jour ! En ce moment la France toute entière est debout avec ses enfants, pour saluer comme nous la bannière de la pucelle d’Orléans ! »

Tel est le premier couplet du cantique À l’Etendard qui devrait résonner ce soir à Orléans, pour honorer la Pucelle. Après des siècles, ou presque, d’oubli, elle fut quasi-simultanément (en 1920) canonisée par l’Église et honorée par la République à travers une fête nationale fixée le 8 mai. Date, qui hasard de l’Histoire, célèbre aujourd’hui la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Quiconque, à 15 ou 20 ans, a entendu résonner cet hymne dans une cathédrale sans frissonner, est un sourd ou un menteur. Et celui qui n’était pas là ce jour-là a raté sa vie. Cela sans vouloir faire mon Jacques Séguéla.

L’historien républicain Jules Michelet appelait Jeanne d’Arc, de façon toute oxymorique, « la Sainte laïque ». Elle est, en effet, à la fois symbole de fierté et de réconciliation. Et Emmanuel Macron lui-même – adepte d’un « en même temps », interprétable, au choix, comme ambivalent ou unitaire – l’a compris, qui l’a citée lors de l’hommage aux Invalides à Arnaud Beltrame, évoquant « [l’incarnation] de l’esprit français de résistance ».

La France, la résistance… mais aussi l’espérance. Les unes n’allant pas sans l’autre. Soyons clairs : à quoi bon se fatiguer, ma brave dame, si tout est plié ? Autant aller tout de suite en Belgique nous faire euthanasier. Non mais quel monde allons-nous laisser à nos enfants ? De vous à moi, d’ailleurs, est-il bien raisonnable d’en faire encore à présent ? Tout est écrit, c’est inéluctable, la France est finie, on vous dit : c’est la marche funèbre des défaitistes, le requiem des toutestfoutuistes, qui hantent parfois, il faut bien le dire, jusqu’aux colonnes de Boulevard Voltaire : « Les mauvais succombent à la tentation du mal ; mais les bons succombent à une tentation infiniment pire : à la tentation de croire qu’ils sont abandonnés », fait dire Charles Péguy à Jeanne d’Arc, figure emblématique s’il en est de « Cette petite espérance qui n’a l’air de rien du tout. Cette petite fille espérance. Immortelle. »
Parce qu’évidemment, nous qui connaissons la fin, ne pouvons imaginer la grande pitié d’alors au Royaume de France, bref, à quel point c’était mal barré, pour le dire façon Renaud plutôt qu’archange Saint Michel. Et l’humble outrecuidance, qu’il fallait à cette fillette pour prétendre sauver la France. Avec en sus un « gentil dauphin » pusillanime et tristounet, plus boulet que soutien.

Mais l’espérance n’est pas l’insouciance, et peut même rimer avec souffrance. Sa mort sur le bûcher montre que les procès en sorcellerie, les condamnations d’aujourd’hui peuvent être les canonisations de demain. Et vice versa. Pour se consoler, c’est toujours ça.

Notre époque a aussi ses sacrifiés, et sans grandiloquence, on a le droit de supposer que leur sang versé saura aussi féconder le sol français : parmi eux, Arnaud Beltrame, on l’a dit, mais aussi, le Père Hamel, ou encore, victimes non pas de l’islamisme mais de notre laxisme, deux fillettes placées par leurs parents sous le patronage de la petite bergère de Domrémy : Jeanne-Marie Kegelin, et Anne-Lorraine Schmitt.

Étendard de la délivrance,
À la victoire il mena nos aïeux
À leurs enfants il prêche l’espérance
Fils de ces preux, chantons comme eux Chantons comme eux !
Vive Jeaaaaanne, vive la Fran-an-ce !

Voilà le refrain.

Les « fils de ces preux » – frileux, grincheux ou même paresseux – manquent parfois cruellement d’entrain. Puisse ce 8 mai nous donner l’envie de nous bouger le train.

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