U2 et les migrants : le sermon du révérend père Bono

Il y a, décidément, un mystère U2. Comment un tel groupe peut-il emplir des arènes entières avec sa musique d’ascenseur ? Remarquez, Indochine fait bien salle comble au Stade de France ; comme quoi… U2, pour ceux qui auraient passé les quarante dernières années sur Alpha du Centaure, est un groupe de rock irlandais.

Est-ce un résidu de vieux fonds catholique, mais Bono, son chanteur vachement concerné par les problèmes du monde, confond souvent chaire et scène. Dans le genre braillard pensant, l’homme est impayable. Ce dimanche, le révérend père Bono et ses trois sacristains sévissaient à Paris.

La preuve que Dieu existe, c’est que Bono avait perdu sa voix il y a quelques jours. La preuve qu’il y a un doute sur la question, c’est qu’il l’avait retrouvée entre-temps, et ses esprits avec. Ou presque. Ainsi le concert s’est-il ouvert avec la tête de Charlie Chaplin, issue du Dictateur, sur écran géant. Oui, Bono (Paul David Hewson à l’état civil) est politiquement conscientisé. Comme Madonna qui, entre deux jets de culotte, faisait projeter des images d’Adolf Hitler et de Marine Le Pen durant ses concerts. On se demande vraiment où ils vont chercher tout ça.

Du coup, l’envoyé spécial du Parisien évoque un « moment de grâce » : « Le pouvoir au peuple, l’égalité hommes-femmes, l’accueil des migrants, les thèmes de prédilection de U2 sont évidemment aussi au menu d’un show très européen. » Reste à espérer qu’une telle prise de risque ne mettra pas la carrière de l’audacieux quatuor en péril. Comme il se doit, entre chaque chanson, il faut s’appuyer le sermon du grand homme. L’Europe, donc, il est pour, bien au contraire ou l’inverse. Et le reste aussi. D’ailleurs, mêmes Les Inrockuptibles, dans un instant de lucidité inattendu, n’ont pas hésité à railler sa « légère mégalomanie et ses discours amateurs ». Ce qui est certainement très exagéré.

On pourrait faire de même de quelques incohérences entre le Bono côté rue et le Bono côté cour. Entre son tropisme humaniste – les riches sont trop riches et les pauvres trop pauvres – et la manière très avisée qu’il a de gérer ses affaires, le statut d’humaniste distingué n’étant en rien incompatible avec celui d’exilé fiscal : on paye beaucoup trop d’impôts à son goût dans son Irlande natale. Voilà qui n’est pas sans rappeler le bon docteur Kouchner qui, de sa résidence corse, bunkerisée et réservée aux seuls millionnaires, estime que l’afflux des migrants permettra de « reconstruire » nos villages.

Toujours à propos de ces derniers, l’homme du Parisien, manifestement en descente d’acide, relate : « Repris en chœur par la salle, l’hymne humaniste “Pride”, inspiré par Martin Luther King, est illustré par le choc des images de migrants accueillis en Europe par des militants nazis. » C’est beau comme du Bono.

Au fait, il ne serait pas inopportun de rappeler à notre prêcheur en chef que, dans le show-biz américain de l’époque, le plus proche soutien du pasteur King n’était autre que l’acteur Charlton Heston ; soit ce qui se faisait alors de plus réactionnaire à Hollywood. À côté, John Wayne, c’était Jean Ferrat.

En matière de rock irlandais, qu’il soit ainsi autorisé à l’amateur de bonne musique de préférer un Van Morrison, un Rory Gallagher ; voire même un Shane MacGowan, le très élégamment édenté chanteur des Pogues. Lesquels, au moins, nous ont toujours épargné les leçons de morale et ne confondaient pas concert et messe. Surtout à l’heure de la quête aux bons sentiments.

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