Trump et l’avortement… de sa campagne ?

Piégé le 30 mars par un journaliste hostile qui lui demandait, en cas de retour à l’illégalité de l’avortement aux États-Unis (on voit mal comment), s’il faudrait instaurer des peines contre les contrevenantes, Trump a bafouillé au pied levé que oui, nourrissant ainsi une intense campagne en boucle le présentant ad nauseam comme l’ennemi des femmes…

Pire : il lui a fallu s’y remettre à deux fois en trois heures pour corriger le tir, d’abord en faisant savoir que « tout comme Reagan [Donald Trump] était pro-vie avec des exceptions [et que dans cette affaire]… c’est la femme qui est la victime », faisant également confirmer par son équipe que sa langue avait fourché et que seuls les médecins et personnels médicaux étaient visés. Hallali médiatique, républicains et clintomaniaques à l’unisson…

Mauvais mois de mars pour Donald Trump : il aura beau avoir gagné en quatre semaines 18 États sur 29, et accumulé 735 délégués sur les 1.237 qui lui seront nécessaires à la nomination du Parti républicain, l’étau de l’establishment républicain se referme impitoyablement sur celui qui atteint nationalement 48 % des voix républicaines. Objectif : parachuter en novembre un candidat « extérieur » choisi par l’oligarchie… avec l’aide de Cruz, Kasich et autres, qui seront naturellement récompensés. Les primaires sont bel et bien terminées…

D’autant que l’orage du FBI et de la justice gronde plus fort au-dessus de Hillary Clinton. Le très bipartisan cartel washingtonien doit se replier, donc, pour reprendre le flambeau, sur un « candidat utile » de belle apparence, tel l’actuel Speaker de la Chambre Paul Ryan, qui fut le colistier de Mitt Romney en 2012.

Lequel, Romney, avait changé la donne dès le 3 mars en émettant sur Fox News un permis de tuer le Trump, transformant ainsi les timides candidats républicains en une meute « hyèneuse ».

Trump a cependant continué de gagner les primaires sur sa lancée, réduisant sa concurrence à seulement deux adversaires. Alors, il a fallu « tricher légalement ». À sa grande surprise, le naïf Donald réalise que le fielleux « Ted le menteur» [Cruz] vient d’obtenir plus de délégués que lui en Louisiane, État pourtant gagné par Trump, ou encore que la plupart des délégués qu’il a fait élire aux primaires sont des sous-marins de l’establishment qui voteront contre lui au 2e tour s’il n’a pas réussi à gagner la nomination au 1er.

Sans parler des 150 millions de dollars destinés à la publicité négative, ou des sales coups comme la sortie, le jour du vote au royaume des mormons (l’Utah), d’une ancienne photo quelque peu déshabillée de l’ex-mannequin… Melania Trump.

Qu’importe, Trump est désormais bien campé en islamophobe, misogyne, docteur Folamour ou Calliclès adepte de la violence en politique. Haï par la droite qui craint pour ses fromages, Trump fait peur à la gauche qui le voit comme un archéo-démocrate courant sous casaque républicaine : pro-cols bleus, pro-classe moyenne, anti-aventurisme guerrier, pro-partage des coûts et responsabilités militaro-nucléaires, anti-libre-échange, pro-réforme de l’OTAN et, surtout, pro-Trump. Un criminel de paix…

Le 5 avril, le verdict tombera au Wisconsin… État du Speaker Paul Ryan où, soudain, se sont rassemblées toutes les équipes du « tout-sauf-Trump ». Si Trump perd – ce que semblent indiquer les sondages aujourd’hui -, sa dynamique sera brisée. Il pourra toujours vendre les droits cinématographiques du « Make America Great Again! ». Ça sera moins dangereux…

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