Entretien - Théorie du genre

Émile Duport : « La théorie du genre n’est plus une théorie mais une réalité presque confessionnelle »

Conseiller en communication

Fondateur des "Survivants"

 

Le bus CitizenGO sillonne les rues de Paris et Saint-Denis pour dénoncer « la théorie du genre qui n’existe pas ».

Cette opération a fait réagir vigoureusement les maires de Paris et Saint-Denis et les militants de la cause du genre. Émile Duport décrit pour Boulevard Voltaire qui sont ces derniers.

Émile Duport, la plate-forme CitizenGO a organisé un happening dans un bus pour dénoncer la théorie du genre. Les villes de Saint-Denis et Paris ainsi que beaucoup de militants de la cause du genre ont condamné cette initiative. Vous qui avez été partie prenante, qu’avez-vous observé ?

J’ai effectivement travaillé sur l’identité visuelle du bus.
L’idée était de parler de la théorie du genre, de montrer qu’elle était soutenue par les uns, niée par les autres.
CitizenGO, en Espagne ou aux États-Unis, avait un postulat un peu primaire. Ils mettaient une petite fille et un petit garçon en picto avec la légende « Un garçon est un garçon et une fille est une fille ».
C’est un postulat biologique alors que le genre est une théorie beaucoup plus pernicieuse.
D’ailleurs, ils pourrissent le mot « genre ». Il est devenu négatif dans notre bouche, alors que c’est normalement une donnée anthropologique neutre.
L’idée du genre est que l’on peut déconnecter son appartenance biologique sexuelle d’un sentiment d’appartenance au sexe associé. On peut donc considérer la nature mal faite et être victime d’une injustice lorsqu’on a un sexe de garçon et qu’on aspire être une fille. C’est le fond de la théorie du genre.
En fait, on a observé à travers cette initiative que ce n’est plus une théorie, mais quasiment une réalité confessionnelle intime, une philosophie partagée par beaucoup de personnes, dont certaines, en souffrance d’indétermination de genre.
Ces personnes se sentent garçons alors qu’elles sont filles, ou inversement. C’est un phénomène qu’on retrouve depuis longtemps et dans différentes civilisations. De là à en faire une institution et de semer l’incertitude, au nom de cette souffrance, dans les consciences de nos enfants en leur disant que c’est une notion malléable et indéfinie et que c’est un exercice de leur liberté que de définir leur genre est profondément scandaleux. Cela crée un doute existentiel dans des esprits qui ne se posent même pas la question.

Vous avez été ce qu’on appelle un « militant digital ». Vous avez souvent affronté ce type de militants. Quel est le militant typique de la cause du genre ? Peut-on parler d’intersectionnalité des luttes pour tout ce qui peut dépasser la nature au nom de la liberté ?

Ce n’est pas qu’une défense intellectuelle. Il y a, en fait, deux postures.
Il y a l’étudiant en sociologie bac+5 qui voit dans la théorie du genre une aventure intellectuelle, un moyen d’émancipation du genre humain.
Il y a aussi la personne qui souffre par exemple de fluidité, c’est-à-dire qu’elle se sent fille puis garçon, et qui a envie d’être « justifiée ». Ces personnes préfèrent qu’on leur dise que c’est naturel plutôt que c’est psychiatrique et on peut l’accompagner pour régler ce problème. Elles préfèrent entendre que la nature est mal faite et que naturellement il y a une fluidité.
C’est finalement vouloir adapter la nature à des comportements sociétaux et sexuels.
Je n’ai pas lu tous les commentaires. Avec Les Survivants, je ne les lisais pas beaucoup car je me faisais insulter sans cesse. Ici, il y a des gens sincères qui demandent qu’on se mette à leur place.
Ils demandent que les enfants se mettent à leur place. Ce n’est pas le sujet ! Ils en demandent beaucoup trop à la société et cela devient pervers.

Ne représentent-ils que quelques milliers de personnes en France ou seraient-ils plus nombreux ?

Je pense que, des deux côtés, il n’y a pas grand monde.
Du côté de ceux qui voient la perversité de la théorie du genre et, en face, ceux qui soutiennent une forme de « progressisme biologique », c’est un microcosme parisien qui s’affronte.
Ce que j’ai trouvé intéressant, avec cette histoire de bus, c’est qu’il y a beaucoup de gens de notre famille de pensée qui considèrent que c’est un non-débat.
C’est peut-être le cas, mais CitizenGO a quand même eu le mérite de faire sortir du bois des militants qui ont un langage assez divers mais unifié sur un mal-être, sur un sentiment que le progrès viendra d’une prise de conscience que la nature est mal faite et qu’il faut la corriger par la technique.
C’est très pervers et ce n’est pas du tout passionnel, comme dans le cas de l’avortement où il n’y a même pas vraiment d’arguments. Là, c’est différent. Il y a deux conceptions de la vie qui s’affrontent. La violence de la réaction de Hidalgo avec son expression « le bus de la honte » laisse présager qu’elle soutient ce mouvement de société.
Cela fait peur, car on n’attaque pas, quoi qu’en pensent certains, les trans et les homos par ce bus. On dit simplement que pousser les enfants à faire abstraction de leur genre par rapport à leur sexualité biologique propre, c’est l’inverse de l’éducation.
On essaye de déconstruire un enfant alors qu’il a besoin de certitudes.

Fondateur des "Survivants"

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