20 mars 2018

« Dès qu’on dit qu’on aime la Russie, cela signifie qu’on est un agent du Kremlin ! »

Nicolas Dhuicq faisait partie des Français invités à observer les élections en Russie. Il livre à Boulevard Voltaire son point de vue d’observateur sur le déroulement de ce scrutin qui a vu la réélection de Poutine. Un point de vue qui diffère de celui donné par la plupart des médias français. C’est l’occasion aussi, pour le maire de Brienne-le-Château, d’expliquer au micro de Boulevard Voltaire pourquoi, selon lui, la France a intérêt à entretenir de bonnes relations avec la Fédération de Russie.

Vous avez fait partie des politiques qui ont été invités en Russie en qualité d’observateur des élections présidentielles russes. Pourquoi avez-vous effectué ce voyage ?

Chaque fois que j’effectue un déplacement en Russie, j’ai à l’esprit que c’est important pour la paix en Europe, et pour la France en particulier, d’avoir de bonnes relations avec la Fédération de Russie. Nous avons des intérêts stratégiques communs. Je suis donc toujours très peiné de voir qu’il y a douze fois plus d’entreprises allemandes que françaises en Fédération de Russie et qu’à chaque fois, les gouvernements français suivent la politique néolibérale américaine. Pendant ce temps-là, nous perdons des parts de marché.

C’est donc important d’avoir cette relation pour des raisons économiques et stratégiques. À plus long terme, l’Europe a besoin de matières premières qui se trouvent en Sibérie. Au lieu de laisser la Sibérie, à terme, aux mains des Chinois, nous aurions intérêt à nous allier avec la Fédération de Russie.

Plaidez-vous toujours pour un rapprochement privilégié entre la France et la Russie ?

Oui, je plaide pour ce rapprochement. Si on regarde la partie ouest de l’Europe, l’Allemagne est devenue extrêmement puissante en matière économique, non seulement en matière industrielle, mais aussi agricole.
L’euro est, finalement, très calé sur une monnaie forte, sur l’ancien Deutsche Mark en réalité, ce qui n’arrange pas forcément les pays de l’Europe du Sud. L’euro pose des difficultés de constantes de changes fixées pour l’éternité depuis sa création. Cela pose un énorme problème avec la divergence des économies entre le nord et le sud de l’Europe.
Comme toujours, géostratégiquement, la France a intérêt à nouer des partenariats stratégiques avec, d’un côté, le Royaume-Uni, et de l’autre, la Fédération de Russie. C’est quand nous nouons ces partenariats que l’Allemagne nous rejoint. L’Allemagne a aujourd’hui des jambes beaucoup trop musclées pour qu’on puisse la rattraper tout seul.

N’avez-vous pas peur, en tant que politique, de devenir une sorte de lobbyiste pro-russe ?

Je n’ai pas peur d’être un lobbyiste pro-russe, dans le sens où il me semble important que des voix différentes soient entendues, d’autant qu’il y a un certain intérêt, à terme, des Français. Il suffit de penser à cet exemple de notre agriculture qui a souffert des sanctions sur la Fédération de Russie alors que, pendant ce temps, les Italiens, les Allemands, les Sud-Coréens et les Suédois prennent nos parts de marché. Je n’ai pas peur d’être taxé d’essayer d’influencer la politique française dans un sens qui me semble plus favorable aux intérêts des Français.
La Russie nourrit tous les fantasmes. Dès que l’on dit qu’on aime la Russie, cela signifie qu’on est un agent du Kremlin. Dès que l’on dit qu’il était préférable pour la France que Poutine soit réélu, on est transformé immédiatement en agent des services secrets russes. C’est complètement fou !
Je ne touche aucun argent pour cela, mais je prends un grand plaisir dans tous ces déplacements. Même si nous ne sommes qu’une poignée, je crois qu’il faut que nous soyons quelques-uns à dire quelle est la réalité aujourd’hui. Et ce n’est pas du tout celle décrite dans les médias principaux.

Vous avez été un témoin privilégié des élections présidentielles en Russie. Que retenez-vous de ces élections en particulier ?

Je rappelle tout d’abord que les bureaux de vote, en Russie, sont comme des bureaux de vote en France, contrairement à ce qui est décrit ça ou là. Il y a, toutefois, quelques différences.
Quand on arrive sur un bureau de vote, il y a un côté festif. Cela n’est pas, pour autant, que les électeurs sont achetés. Ce n’est pas parce qu’il y a des panneaux à l’extérieur qui appellent à aller voter que c’est de la propagande pour un candidat ou un autre.
Les forces de sécurité sont, certes, à l’intérieur du bureau de vote, contrairement à la France, mais juste à l’entrée, pour filtrer, car la Russie est sous menace d’attentats comme nous.
Les bulletins de vote sont numérotés. Ils ne le sont pas pour que les gens soient fichés, puisqu’ils ne sont pas nominatifs, mais simplement pour faciliter le décompte.
Nous avons posé toutes les questions que nous souhaitions sur les listes électorales. Nous nous sommes également intéressés à la fameuse liste complémentaire qui concerne les gens qui n’auraient pas eu le temps de s’inscrire sur les listes électorales. Ils doivent venir avec un papier d’identité qui prouve qu’ils habitent bien à l’endroit où ils doivent voter.
La particularité plus sympathique est l’existence d’urnes mobiles. Elles permettent à des scrutateurs de se rendre au domicile de personnes trop malades, trop âgées ou trop handicapées pour pouvoir se déplacer.

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