Profond malaise dans la police : à quand le nouveau clash ?


Docteur en droit – Commissaire divisionnaire honoraire

 

Tout le monde, ou presque, se souvient des manifestations de policiers qui ont émaillé l’année 2016. Elles avaient vu, pendant plusieurs semaines, des milliers de policiers descendre dans la rue pour dénoncer leurs conditions de travail, ainsi que des relations hiérarchiques fortement dégradées.

Fait unique dans l’histoire de l’institution, un « mouvement des policiers en colère » était même né, au grand dam des organisations syndicales, totalement dépassées par les événements. Un plan d’urgence de 250 millions d’euros avait alors été décidé par le gouvernement de Manuel Valls, dans la précipitation la plus totale, et en dehors de toute anticipation budgétaire. Ce geste, plus symbolique que réellement efficace, avait cependant calmé les ardeurs révolutionnaires de nos gardiens de la paix, lesquels, fortement incités par leur hiérarchie, avaient sagement regagné leurs commissariats.

Depuis, les élections ont eu lieu. Il y a été fort peu question de lutte contre le terrorisme ou contre la délinquance, et la situation dans les services de police ne s’est pas améliorée. Bien au contraire. C’est ainsi qu’un syndicat de gardiens de la paix, qui a appelé à voter pour Emmanuel Macron à l’occasion du second tour de la présidentielle, vient de faire savoir que, selon une étude réalisée par ses soins, 71 % des policiers estiment aujourd’hui ne plus pouvoir faire face à leur charge de travail. Ce chiffre atteindrait même 82 % parmi les effectifs de la sécurité publique. En cause, les contraintes horaires liées à l’état d’urgence, l’alourdissement des procédures administratives et judiciaires, les problèmes matériels et le manque de formation.

Il est un fait que, depuis de nombreuses années, la police nationale ne cesse de se paupériser. Et la diminution des effectifs ou les réformes pénales contraignantes mises en place au cours de ces dernières années – toutes en faveur des droits de la défense – ne sont pas seules responsables de ce qui ne va pas tarder, si rien n’est fait, à faire chavirer une administration qui bénéficie pourtant globalement d’un large soutien dans la population.

Oui, les policiers sont fatigués. Par des mois de mise en œuvre d’un état d’urgence qui, à défaut d’être efficace d’un point de vue opérationnel, sur-sollicite des services déjà à bout de souffle. Par des manifestions et des services d’ordre à n’en plus finir, qui sont surconsommateurs d’effectifs. Par une politique de recrutement et de formation catastrophique qui n’a pas su anticiper les grands bouleversements sécuritaires que notre pays connaît actuellement. Par une organisation interne dépassée, qui aboutit aujourd’hui à un divorce entre la base et sa hiérarchie, puisque près de 70 % des policiers déclarent ne pas être soutenus par leurs chefs.

Pourtant, le nouveau ministre de l’Intérieur ne semble rien annoncer de tangible pour tenter d’améliorer une situation qui devient explosive. La police nationale a cependant bien besoin d’une grande loi de programmation. Pour améliorer les recrutements et pour réformer la chaîne hiérarchique encore trop lourde et trop inefficace. Pour doter les services des matériels dont ils ont besoin et pour simplifier des procédures qui prennent trop de temps et maintiennent les policiers dans les commissariats alors qu’ils devraient être sur la voie publique. Enfin, aucun signe n’a été donné par le gouvernement, pour résoudre le problème endémique des heures supplémentaires, évaluées aujourd’hui à plus de 20 millions. Alors, à quand le nouveau clash ?

Docteur en droit – Commissaire divisionnaire honoraire

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