Union des droites

Le Pen/Dupont-Aignan : l’impossible union des droites ?

Journaliste, écrivain
 

À l’approche des élections européennes, l’union des droites est à nouveau au programme. Si l’on résume, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan voudraient s’unir, mais tout en faisant chambre à part. Et le patron de Debout la France de refuser la main tendue par la patronne du désormais Rassemblement national.

Il est vrai que cela fait beaucoup de patronnes et de patrons potentiels, surtout lorsque viennent s’y ajouter ceux du Parti chrétien-démocrate, du CNIP et autres Amoureux de la France, dont les rapports entretenus avec l’ex-Front national semblent plus tenir de l’amour vache que d’autre chose.

Comme il se doit, chacun reporte la responsabilité de la division sur l’autre, « autre » dont il est prétendu qu’il n’a pas de programme structuré – et inversement. Qui a tort ? Qui a raison ? Peu importe, en la circonstance, sachant que l’union des droites, forte du récent exemple autrichien, succède désormais à l’union populiste prônée par Marine Le Pen durant sa campagne présidentielle, qui vient, elle, de s’incarner dans le tout aussi récent exemple italien.

Aujourd’hui, il s’agirait donc de réconcilier deux France, celle de la Manif pour tous et celle de Johnny Hallyday. Le concept est séduisant, ces deux France se sentant, non sans raison, en voie de déclassement. La première à cause d’incessantes réformes sociétales. La seconde par celles de l’invasion migratoire, de l’abandon des campagnes et de la désindustrialisation du pays.

Séduisant, mais court. La France de la Manif pour tous s’incarne majoritairement dans la petite et moyenne bourgeoisie, objectivement peu touchée par les maux frappants celle de Johnny ; laquelle n’a globalement que faire du mariage homosexuel, de la théorie du genre et de l’écriture inclusive ; toutes mesures tenues pour dingueries des « gens de la haute ».

Autre différence de taille : pour échapper à ce qui la menace, une France peut toujours couper le poste et mettre les enfants en école privée ; l’autre France, elle, n’a pas les moyens financiers de ces échappatoires.

Des valeurs telles que la morale chrétienne et le bon sens populaire, deux faces d’une même monnaie, somme toute : voilà ce qui pourrait sans nul doute les rapprocher. Seulement voilà, ces deux France n’ont pas les mêmes intérêts de classe. L’une, de par son statut social, est finalement assez à l’aise dans une économie mondialisée, alors que la seconde la subit de plein fouet. La preuve par la circonscription de Rambouillet, vivier catholique conservateur et ancien fief de Christine Boutin où, si François Fillon a été plébiscité au premier tour de l’élection présidentielle, c’est Emmanuel Macron qui l’a été au second. Pis : lors des élections législatives qui s’ensuivirent, Jean-Frédéric Poisson, dauphin de la même Boutin, a été sèchement remercié au profit d’une Aurore Bergé, macroniste passée par l’UMP. Aurore Bergé a beau être pour toutes les « avancées progressistes » (?), voilà qui aurait dû révulser la bourgeoisie rambolitaine. Peu importe : elle est du même monde. CQFD.

On objectera qu’une union populiste, entre peuple de droite et peuple de gauche, peuple majoritaire dans les urnes depuis le référendum européen de 2005, n’est guère plus aisée à mettre sur pied. Car là, ce sont les idées politiques qui diffèrent. Certes. Mais il n’empêche que les idées, ça évolue, ça change, au contraire de la conscience de classe de ceux qui estiment être « bien nés » et pour lesquels une Marine Le Pen qui parle parfois un peu trop fort, un peu trop vrai, un peu trop cru, fera toujours figure d’intruse au banquet de cette droite de droit divin qui ne cesse de pleurer les effets dont elle chérit les causes.

De son côté, Jean-Luc Mélenchon – même s’il a eu la dignité de ne pas appeler à voter Emmanuel Macron, au contraire d’un François Fillon, au second tour de l’élection présidentielle – ferait bien de s’inspirer d’un Beppe Grillo, fondateur du Mouvement 5 étoiles, qui, populiste de gauche, a su s’entendre avec ses homologues de droite, au grand dam du président italien Sergio Mattarella, à la fois grand bourgeois et catholique de progrès. Tout ce dont le peuple, qu’il soit de droite ou de gauche, précisément ne veut plus…

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