Féminisme

Le manspreading en ligne de mire des féministes

Juriste

Ancien avocat au Barreau des Hauts de Seine

 

Impossible d’avoir échappé à la campagne estivale d’Osez le féminisme ! dirigée contre le nouveau fléau dans les transports en commun, le fameux manspreading ! Cet anglicisme, que l’on pourrait traduire par « étalement masculin », désigne la fâcheuse tendance de certains hommes à prendre plus de place que nécessaire dans les transports, en empiétant sur le domaine de leurs malheureuses voisines, pratique qui serait selon nos chères idéologues la manifestation plus ou moins consciente d’une volonté de domination patriarcale.

Ce sujet pourrait prêter seulement à sourire si ce n’était l’importance relative qu’il a prise dans le débat de société. S’inscrivant dans la lignée d’initiatives menées dans certaines villes ayant officiellement interdit le manspreading, comme New York, Tokyo ou encore plus récemment Barcelone, les groupes de pression féministes ont amené le sujet en France et dénoncé ce méfait masculin dans le métro parisien à l’aide de vignettes autocollantes. Ces groupes ont su se trouver des relais dans la classe politique, notamment auprès des écologistes au Conseil de Paris ou même de Valérie Pécresse ayant demandé un « état des lieux » du manspreading dans les transports franciliens.

Cet audit pourrait-il être le préalable à une possible interdiction, voire une pénalisation de ce comportement ? La question mérite d’être posée, quand on sait que le parti Podemos en Espagne a déposé une proposition de loi relative à la prohibition du manspreading.

Si la RATP ne semble pas, pour le moment, suivre les directives d’Osez le féminisme !, nous ne sommes pas à l’abri qu’une telle interdiction voie, à terme, le jour au moyen d’une disposition expresse dans le règlement des transports applicable aux usagers. Or, il n’échappera pas aux manspreaders procéduriers que, bien que la RATP assure la gestion d’un service public industriel et commercial et est, de ce fait, en principe soumise aux règles de droit privé dans ses rapports avec les usagers, une mesure réglementaire interdisant le manspreading pourrait être regardée comme une règle d’organisation du service public de transport et relever, à ce titre, du contrôle du juge administratif.

Un recours pour excès de pouvoir pourrait ainsi être ouvert contre une telle disposition réglementaire. Dans ce cas, il ne ferait aucun doute que cette mesure ne survivrait pas au contrôle de légalité. En effet, en tant qu’applicable uniquement aux hommes en raison de leur sexe, une telle interdiction serait contraire au principe constitutionnel de non-discrimination. Pourraient aussi être invoqués contre un tel règlement le principe de libre accès au service public de même que la liberté d’aller et venir.

Seule une interdiction de portée générale, s’appliquant indifféremment aux hommes et aux femmes, pourrait être juridiquement fondée. Au demeurant, notons qu’une interdiction de portée similaire existe déjà dans les règlements de transports, ce qui démontre bien que la démarche en question est purement idéologique et répond à une « envie de pénal » obsessionnelle !

S’il n’est pas question, ici, de relativiser le comportement incivique de certains hommes dans les transports en commun, il ne faut néanmoins pas inverser les priorités. On peut s’étonner, à ce titre, du silence hypocrite d’Osez le féminisme ! sur la question des incivilités et des violences dont sont quotidiennement victimes l’ensemble des usagers des transports en commun, indifféremment de leur sexe, qui apparaissent autrement plus urgentes et sérieuses que la chasse au manspreading !

Ancien avocat au Barreau des Hauts de Seine

POUR ALLER PLUS LOIN