Editoriaux - Politique - 25 janvier 2019

Lutte contre les groupuscules d’extrême droite : et contre les groupuscules d’extrême gauche, on fait quoi ?

Jean-Luc Mélenchon peut être content de lui : le groupe La France insoumise à l’Assemblée nationale a obtenu, en vertu de son « droit de tirage pour la session 2018-2019 », sa commission d’enquête sur les groupuscules d’extrême droite. La demande remontait à novembre dernier. Les députés Insoumis avaient signé une proposition de résolution dans ce sens. Selon l’exposé des motifs de cette résolution, « depuis quelques mois, des groupuscules d’extrême droite agissent en toute impunité dans le pays ». La République en danger, et tout ça…

Première remarque : n’y a-t-il que ces groupuscules qui agissent en toute impunité ?
Prenons l’exemple des violences commises par les Black Blocs à l’occasion de la manifestation du 1er mai 2018. Ils étaient environ 1.200, cagoulés, vêtus de noir, armés de cocktail Molotov, de pavés. A-t-on vu, alors, une commission parlementaire se créer pour lutter contre les groupuscules d’extrême gauche qui, tout autant, peut-être plus que les groupuscules d’extrême droite, ont pour « premières victimes » « nos jeunes, lycén-ne-s et étudiant-e-s » (sic) ? Certes, les députés communistes déposèrent, dès le 4 mai 2018, une demande de création de commission pour « faire la lumière sur les conditions dans lesquelles s’est déroulé le défilé du 1er mai 2018″. Mais il s’agissait là de chercher les responsabilités en amont, les dysfonctionnements de l’État qui amenèrent à ces violences. Pas d’enquêter sur les groupuscules en cause. Dans l’exposé des faits, il est question de « groupuscules » sans, du reste, préciser « d’extrême gauche », et si l’on y évoque, à juste titre, la nécessité de « mettre un terme à ces violences répétées lors des manifestations », les députés communistes se gardent bien de parler de « dissolution » de ces groupuscules.

Le parallélisme des formes ne serait donc pas le fort de la gauche ? Mais c’est comme ça depuis toujours. Par exemple, à gauche, on fait la révolution. À droite, des coups d’État. Pas pareil.

Mais revenons à la résolution des Insoumis qui a conduit à la création de cette commission. Des exemples incontestables de violences émaillent cet exposé mais l’opération pacifique de Génération identitaire au col de l’Échelle, l’an passé, pour interdire la violation de notre frontière par des clandestins est citée comme l’une de ces actions violentes. L’on y cite même l’université d’été de l’Action française au château d’Ailly, en août 2018 ! De là à ce que les funérailles du comte de Paris passent pour factieuses… L’accusation de racisme, antisémitisme, sexisme et homophobie est évidemment portée indistinctement sur ces « groupuscules », ce qui reste probablement à démontrer pour chacun d’eux. Mais amalgamons tout ça dans un grand tout « groupuscules d’extrême droite », et roule la charrette !

Bien sûr, on ne peut s’empêcher de penser qu’avec la création d’une telle commission, si l’on peut donner indirectement un coup de griffe au Rassemblement national, on ne va pas se gêner non plus. Selon, toujours, ce même processus de l’amalgame : qui dit groupuscule d’extrême droite dit extrême droite. Qui dit extrême droite dit droite extrême, et qui dit droite extrême dit droite nationale, etc… Vous connaissez la suite. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils se garderont bien d’enquêter, comme l’a suggéré la députée de l’Hérault Emmanuelle Ménard, sur « tous les groupes violents sans distinction d’appartenance politique ».

On notera tout de même, parmi les vingt-six membres de cette commission, la présence du délicieux M’jid El Guerrab. Vous vous souvenez de lui ? Ce député ex-LREM des Français d’Afrique du Nord et de l’Ouest avait porté des coups de casque à un cadre du Parti socialiste, Boris Faure, le 30 août 2017, ce qui avait valu à ce dernier un traumatisme crânien et une hospitalisation en soins intensifs. Sorti de l’hôpital, Boris Faure avait déclaré : « M’jid El Guerrab aurait pu tuer, il reste député. » Ainsi va la vie. Le 25 août 2018, ce même M’jid El Guerrab participait à l’université d’été de La France insoumise à Marseille. Il avait alors déclaré à Marianne : « Je connais bien les Insoumis, je suis derrière eux dans l’Hémicycle. On mène certains combats ensemble. » On voit ça.

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