À propos du débat qui tourne au vain déballage !

En 2017, signe avant-coureur de la méfiance des citoyens à l’égard des institutions, l’opinion s’était positionnée dans une attitude presque phobique à l’égard des partis traditionnels. Elle avait même largement boudé la présidentielle et les législatives qui suivirent, comme cela n’était encore jamais arrivé, malgré une lente dégradation entamée depuis des lustres.

Deux ans plus tard, le phénomène s’est profondément accentué et a largement débordé la frontière des scrutins politiques. Aujourd’hui, les corps intermédiaires, la presse et les instituts d’analyses conjoncturelles ont rejoint l’appareil de l’État dans l’objet du ressentiment populaire dont le mouvement des gilets jaunes est une des manifestations visibles.

Beaucoup d’analystes savants considèrent cette situation comme la remise en cause de la démocratie alors qu’en réalité, il s’agit simplement d’une vraie défiance à l’encontre de la représentativité des instances, supposées agir sur délégation du peuple et pour le peuple. C’est donc précisément d’une attente de “plus de démocratie” qu’il s’agit, et même d’une démocratie participative, que la représentation proportionnelle pourrait en partie satisfaire et que l’usage plus fréquent au référendum pourrait conforter.

Les Françaises et les Français ont, pour une large majorité d’entre eux, le sentiment que le contrat passé avec leurs élus est en permanence trahi ; celui de leur choix syndical, trahi aussi ; l’information qu’ils attendent, manipulée par des intérêts financiers qui les dépassent et leur vend des messages subliminaux ; l’image politique du pays truquée par des instituts complaisants…

Les Françaises et les Français sont l’objet d’exigences fiscales et économiques qui ne cessent de croître. Il leur est réclamé toujours plus d’efforts, ce à quoi ils seraient prêts à répondre si, en parallèle, cette demande n’était accompagnée d’une évidente injustice en faveur des plus riches.

La suppression de l’ISF est perçue comme une iniquité à l’égard de ceux à qui on rogne les aides au logement. L’établissement de l’impôt sur la fortune immobilière en est une pour toute une partie de la classe moyenne. Celle-ci voit taxé l’investissement d’une épargne déjà largement ponctionnée par l’impôt, quand tous les signes de la richesse mobilière (bateau de plaisance, voiture de luxe, jet privé) en sont de leur côté amplement préservés.

Les Françaises et les Français sont exaspérés par les avantages exorbitants, les prébendes injustifiées et les privilèges de situations qui inondent les “élites” politiques, syndicales et dirigeantes… Rémunérations abusives, attribution incompréhensible de biens sociaux à des fins privées, alors que certains autres n’ont pas même de quoi assurer leur besoins primaires…

Les Françaises et les Français sont convaincus que, “selon qu’ils sont puissants ou misérables”, les jugements leur seront plus ou moins favorables et les récentes tribulations de la sécurité élyséenne accentuent cette appréciation.

Par chance pour le gouvernement, le mécontentement des Françaises et des Français est protéiforme, ce qui évite que les manifestations ne s’agrègent, pour l’instant, en un soulèvement plus globalement radical. Cependant certains, comme l’historien Jean Garrigues, bien connu des téléspectateurs, notent dans la violence exprimée un phénomène inédit. Celui-ci ne serait-il pas la réponse à la violence exercée par l’absence d’écoute réelle du pouvoir et de ses arrogances partiellement maîtrisées ?

Cela conduit à craindre que le grand débat, qui n’a de débat que le nom, tant il est téléguidé par le Président, ce débat dont on ne connaît pas réellement les modalités de transcription, dont on ne sait pas quels seront les effets, et si ces derniers sont pris en compte, pourrait une fois de plus s’avérer être un artifice destiné à juguler la colère du peuple et à endormir les citoyens afin d’atténuer la débâcle électorale promise dans moins de quatre mois.

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